Trump acquitté et coupable

Télévision CNN, Soirée du 13 février 2021

            Le deuxième procès instruit par le Sénat américain (« 2nd impeachment trial ») à l’encontre de l’ancien Président des Etat-Unis, cette fois-ci pour « incitation à l’insurrection », s’est achevé dans la soirée du samedi 13 février par un nouvel acquittement. Donald Trump s’est gardé de fanfaronner, comme il l’avait fait la première fois en brandissant en conférence de presse la une des grands quotidiens nationaux barrée de titres ne comportant qu’un seul mot : «  Acquitted ! ».

Malgré le vote des parlementaires, l’affaire n’est cette fois-ci pas entièrement classée, même si la majorité des deux tiers requise pour « l’impeachment » n’a pas été atteinte comme cela était prévisible. La procédure suivie par le Sénat aura en tout état de cause des conséquences légales et politiques à moyen et long terme. Sur le plan judiciaire, l’on s’attend à des actions auprès des juridictions civiles dans certains Etats du pays. Sur le plan politique, Trump a tout de même été condamné par une majorité de Sénateurs (cf. 57 contre 43). Ce résultat, en-deçà de la majorité qualifiée (NB: 67 Sénateurs), est net dans une Amérique pourtant assez également partagée où Donal Trump a obtenu 74 M des voix lors de la dernière élection présidentielle, soit plus qu’aucun des  présidents l’ayant précédé. De plus, sept Sénateurs républicains, qualifiés de « modérés », dont le plus connu est Mitt Romney, l’ancien candidat à la présidence des Etats-Unis, ont sauvé l’honneur de leur parti  en votant la motion « d’incitation à l’insurrection » introduite par les élus démocrates.

Il est regrettable que des arrière-pensées politiciennes – du fait de l’ascendant exercé encore sur le parti par Donald Trump et de son audience dans l’opinion – aient retenu le plus grand nombre des Sénateurs républicains de répondre sur le fond à la question centrale qui était en fait posée : la violence peut-elle se substituer au droit dans une démocratie ? Le chef de l’Exécutif pouvait-il inciter ses partisans à y recourir contre l’une des principales institutions de l’Etat qu’il était censé diriger ?

Le problème de la dérive de la démocratie dont les causes sont complexes (cf. effets différés et prolongés des transformations économiques et sociales du monde; bouleversement des rapports de puissance; nouvelles technologies qui permettent à chacun d’exprimer sa vérité sans contrôle, c’est-à-dire aussi le contraire du vrai; absence de régulation des nouveaux media à l’exclusion des décisions arbitraires des opérateurs, etc..) n’est donc aucunement réglé. S’agissant des Etats-Unis, la page ne pourra être tournée aussi aisément. Il ne sera tout d’abord pas possible d’oublier les victimes des violences du 6 janvier fomentées par ceux-là même qui maniaient – de manière cynique quand on y songe rétrospectivement – le slogan « Law and Order ». Les abords du Capitole ont ressemblé ce 6 janvier, comparaisons peu avantageuses, à la place du Maidan à Kiev et l’intérieur de la vénérable institution de Washington au Parlement de Tbilissi lors de la prise de pouvoir de Mikhaïl Saakachvili et de ses partisans.

Si l’on veut tout de même positiver à partir de ce chaos, il faut admettre qu’un épisode tout de même s’est achevé. Le Président Biden, peu désireux de se lancer dans un nouveau round de joutes électorales après le 3 novembre, s’est constamment tenu en retrait de la procédure d’impeachment considérant qu’elle était de la responsabilité d’un Sénat dont il est au demeurant un fin connaisseur pour y avoir passé 36 ans. Il s’est borné à déclarer, peu après l’acquittement, que « ce tragique chapitre de notre histoire noue rappelle à quel point la démocratie est fragile ». Le Président va désormais pouvoir poursuivre plus activement la mise en place de ses équipes dont l’approbation est parfois requise de la part de la Chambre Haute et surtout intensifier la lutte contre le virus et en faveur de la relance de l’économie.

Les Républicains sortent divisés de l’épreuve. Sans que le discours des élus de ce camp ait été aussi réducteur et peu respectueux du droit que celui des avocats de Trump, ils se sont montrés particulièrement ambigus sur la question de la constitutionnalité du procès d’un Président qui n’était plus en exercice, pourtant tranchée par le Sénat tout entier et la distinction entre accusation et condamnation ( cf. dialectique Verurteilung/Anschuldigung abondamment développée également dans la presse allemande) a souvent relevé chez eux de la casuistique.

Le paradoxe est que l’avenir politique des Etats-Unis est désormais entre leurs mains plus que dans celles de Trump qui est loin d’être débarrassé de ses ennuis judiciaires. L’honneur retrouvé des Sept Samouraïs du Sénat suffira-t-il à être le point de départ de la transformation d’un parti réputé peu enclin à la réforme et à faire retrouver au pays comme à la base militante les « valeurs » américaines ? Cette tâche considérable échoit à l’évidence aussi et en tout premier lieu au Président Biden dont l’historien  Jon Meacham, auteur  de “L’âme de l’Amérique” (The Soul of America – the battle for our better angels), est désormais un soutien affiché et, dit-on, le speechwriter de ses grands discours.

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