Tragédie allemande, drame européen

(Source: Boris Roessler, AFP)

Par Anna Grout

Une tragédie humaine

Les inondations catastrophiques de ces derniers jours en Allemagne et aussi en Belgique auront frappé les esprits en raison de leur soudaineté et de leur intensité et magnitude.

Les pluies diluviennes du 13 et 14 juillet ont entrainé la sortie de leur lit de plusieurs cours d’eau tel que la Meuse en Allemagne et la saturation d’un barrage allemand, causant  l’inondation violente de villes avoisinantes dont habitations et commerces ont été éventrés par des courants puissants, les voies de communications submergées, les lignes téléphoniques détruites et des glissements de terrain effrayants et dévastateurs. Dans la vallée de l’Ahr, 20 ponts sur 35 ont été détruits. La compagnie publique de chemins de fer a constaté des « dégâts massifs » dans 80 gares. En Rhénanie-Palatinat et Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les deux Länder les plus affectés par les intempéries, plus de 600 km de voies ont été détruites.

Le service météorologique allemand a enregistré 154 mm de pluie à Cologne le 14 juillet, ce qui représente plus de 150 litres d’eau par mètre carré. Ce phénomène météorologique porte un nom : la « goutte froide »: il s’agit selon les spécialistes d’une « poche d’air froid isolée qui a une tendance naturelle à se bloquer au-dessus d’une large zone. Autour de la dépression froide, l’air chaud (avec un fort contenu en vapeur d’eau) vient se condenser et occasionne des chutes d’eau importantes ».

Ce drame est l’une des plus grandes catastrophes naturelles des dernières décennies en Allemagne. Il aura causé la mort de 169 personnes en Allemagne et 31 en Belgique, portant le bilan provisoire à 200 victimes européennes. Des dizaines de personnes sont par ailleurs encore portées disparues dans les deux pays – 53 « disparues ou injoignables », du côté belge.

Une solidarité nationale et internationale

En Allemagne, une aide financière à hauteur de 400 millions d’euros a été immédiatement proposée par Berlin et les régions compétentes en matière de protection civile, pour les sinistrés des inondations.

Cette aide a pour objectif de sécuriser les bâtiments et infrastructures endommagés dans les régions les plus touchées par les crues, pour certaines privées d’eau potable et d’électricité ou étant menacées par les fuites de gaz.

Ces sommes seront complétées par « un programme de reconstruction se chiffrant en milliards deuros, pour quon reparte vite de lavant », a déclaré le ministre des finances, Olaf Scholz. Berlin envisage aussi de faire appel au Fonds de solidarité européen qui soutient financièrement les Etats membres de l’Union Européenne en cas de catastrophe naturelle. Par ailleurs, l’Etat réfléchit à la création de son propre fonds, alimenté aussi par toutes les régions allemandes afin de pouvoir débloquer des aides encore plus rapidement en cas de nouvelle catastrophe.

En Belgique un deuil national a été décrété pour la journée du mardi 20 juillet. « Il faudra un travail énorme, peut-être dix ans pour un retour à la normale, mais il y a eu tellement de solidarité quon est capable de faire des miracles », a dit un haut fonctionnaire fonctionnaire. Le roi Philippe a évoqué quant à lui le « sursaut dhumanité » qui permet à la population de tenir.

De nombreux signes de solidarité ont été émis par la communauté internationale. Les associations franco-allemandes ainsi que les Maires de nombreuses villes françaises jumelées à celles sinistrées ont fait part de leur soutien aux familles endeuillées, telles qu’Avignon, jumelée avec la ville de Wetzlar ; Viry-Chatillon jumelée à Erftstadt qui a voté une subvention d’aide et de secours pour ses amis allemands ; Guidel jumelée à des villes du Rhein Erftkreis (arrondissement du Rhin et de l’Erft) ; ou la ville d’Eu en Seine Maritime jumelée avec la ville d’Haan. La fondatrice de la communauté allemande d’Avignon a par ailleurs proposé aux sinistrés de venir passer quelques jours en Provence pour « leur redonner le moral ». Des appels aux dons ont également été lancés par plusieurs associations tels que Ré-acteurs, qui a organisé une collecte de produits de première nécessité : couvertures, hygiène, nourriture, nettoyage, bricolage, etc. Toute personne souhaitant participer peut contacter Ré’acteurs au 07.60.30.81.74.

Le changement climatique, facteur aggravant de la catastrophe

Ces pluies ne sont pas extraordinaires, toutefois leur intensité l’est et peut tendre à augmenter – en puissance et en fréquence – en raison du changement climatique. Certains météorologues s’appuient sur la loi de Clausius Clapeyron – qui relie la quantité maximale de vapeur d’eau que peut contenir l’atmosphère et la température de cette dernière – pour déduire que ces phénomènes sont la conséquence de l’élévation globale de la température.

Selon le Directeur de l’institut de recherche Pierre-Simon Laplace, le réchauffement de l’air et des océans, entraine une concentration de vapeur d’eau plus importante. « Puisqu’il y a davantage de vapeur, les précipitations, particulièrement les plus fortes, sont plus intenses. Il y a donc de plus grandes quantités d’eau qui arrivent au sol lorsque de tels événements se produisent ».

Les conclusions à tirer de tels drames sont toujours les mêmes : il faut freiner le réchauffement climatique en repensant nos modes de vies et de consommation, si l’on ne veut pas les voir se reproduire et s’intensifier. Dans l’immédiat, il est nécessaire de réagir aussi à l’aspect humain de ces événements affectant nos amis et voisins Allemands et Belges et de leur montrer attention et sollicitude. L’Europe fait sens également dans les mauvais jours. Leur tragédie est la nôtre.

Articles qui pourraient vous intéresser

Afin de vous faire profiter de la meilleure expérience utilisateur, notre site Internet utilise des cookies. Cliquez sur "J'accepte" pour poursuivre votre navigation.