Tout empire périra…

Bataille de la Moskova © Patrick Pascal

          La puissance se caractérise, selon les théoriciens des relations internationales, par la capacité d’assurer sa sécurité contre toute puissance prise isolément ou encore par le pouvoir de modifier des volontés extérieures. Est-ce toujours le cas de la Russie, pourtant puissance nucléaire?

Il faut prendre en compte la force militaire fondamentale qui permet une guerre courte, sorte de Blitzkrieg, et les moyens industriels et économiques permettant, le cas échéant, de surmonter une infériorité momentanée. Le “moral” des troupes est une variable complexe qui ne fait pas seulement référence aux dispositions mentales des combattants et des populations mais aussi à l’aptitude de la propagande à mobiliser et à orienter l’opinion des masses, y compris celles qui sont extérieures au conflit. Les rapports de force relèvent aussi de la puissance relative, produit du jeu des soutiens et alliances.

Au regard de ces définitions et critères, la Russie est-elle toujours un empire? Tout empire périra, écrivit l’historien Jean-Baptiste Duroselle. Jusqu’à présent, l’empire post-soviétique n’a pas été en mesure de “susciter” en Ukraine, de manière durable, dans la bonne vieille tradition de la mise en place de régimes “progressistes”, un pouvoir qui lui soit favorable ou d’en installer un par la contrainte. Mais l’histoire n’est pas encore écrite et Moscou dispose encore de capacités de destruction massives.

Il est clair en tout cas que le seul usage de la force ne résout rien ou en tout cas n’est pas acceptable a fortiori lorsque les normes du droit international humanitaire sont violées et que l’on constate au contraire une régression de la civilisation. La légitimité du statut de puissance est alors en cause s’agissant en particulier d’un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Comment un pays ayant enduré autant de souffrances, notamment au cours du second conflit mondial, qui a puissamment et héroïquement contribué à la libération du continent européen – et pouvait dès lors à juste titre commémorer le 9 mai 1945 dans de glorieuses célébrations – a-t-il pu ainsi jeter le masque pour montrer le visage de la haine et de l’agression? Un empire ne se maintient jamais uniquement par la seule force des armes mais par le rayonnement qu’il est capable d’exercer et qui peut même en faire, à l’instar d’Alexandre le Grand ou de la Rome antique, un modèle de civilisation s’étendant sur des siècles.

La réhabilitation de la Russie passera par la transformation radicale, quelles qu’en soient les modalités de la nature de son pouvoir et un long processus de rééducation interne. L’imperium ou l’autorité par la force n’est plus ou du moins ne doit plus être au XXIème siècle sur le continent européen. Cela vaut tant au plan interne en ce qui concerne la domination des gouvernés que dans des aventures extérieures illégitimes. Jean-Baptiste Duroselle, qui avait envisagé la fin inéluctable de l’empire soviétique – comme celle de tous les empires – opposait de manière saisissante l’imperium à la potestas des Romains, c’est-à-dire à la puissance reposant sur des valeurs.

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