Tour de France : Les Trois Mont Ventoux

Les Trois Mont Ventoux

Approche du géant de Provence ©️ PP

Pour la première fois dans l’histoire du Tour de France, les coureurs gravissent aujourd’hui 7 juillet, à deux reprises au cours d’une même étape, le Mont Ventoux, le géant de Provence qui culmine à 1910 m. De plus, ils en effectueront la descente sur la face nord rendue dangereuses par des vitesses vertigineuses atteignant jusqu’à 100 km à l’heure. Il y a en effet trois Mont Ventoux, mais un seul est un Himalaya du sport cycliste et son juge de paix.

On dit aussi qu’il y a trois Provence que symbolisent en littérature Henri Bosco, Jean Giono et Frédéric Mistral. La première est la Provence du Lubéron, espace naturel formant une frontière et offrant en même temps par la combe de Lourmarin – village où est enterré Albert Camus, qui n’était d’ailleurs pas un écrivain provençal mais plutôt méditerranéen -, une possibilité de communication entre le pays d’Apt à la porte de la Haute Provence et celui d’Aix, cité urbanisée, latinisée, voire italianisée. La Provence de Giono, celle de Manosque et de la Montagne de Lure, est connue par de grandes oeuvres, Colline, son premier roman, Regain, Le Hussard sur le Toit; elle est âpre, sauvage, mystérieuse, on sait où elle commence mais on ignore le contour de ses limites réelles, physiques et mentales. La Provence de Frédéric Mistral enfin gravite autour d’Arles et de la plaine de la Crau peintes par Van Gogh ainsi que de la Camargue; elle est avec Arles urbaine et intellectuelle:  Frédéric Mistral qui fut Prix Nobel de Littérature réunit avec le Félibrige de poètes conscients d’une identité et défenseurs de leur langue régionale. Il faudrait ajouter à ces trois ensembles Avignon, soumise au Saint-Siège jusqu’à la Révolution, et le Comtat Venaissin, spécifiques car rattachés définitivement à la France seulement en 1791, mais cette entité est particulière et d’ailleurs le Tour de France y fait rarement étape.

( Source: Tour de France )

Le Tour aujourd’hui va s’approcher du géant avec humilité en s’adossant au Luberon; il traversera ainsi Cabrières, Gordes devenue tellement Parisienne qu’il vaudrait mieux mentionner Les hameaux des Imberts et de Saint-Pantaléon sur la même commune, pour gagner Apt. A partir de là, il fera une incursion dans le domaine de Giono jusqu’à Sault mais ne le pénètrera pas réellement. Ainsi il ne parcourra pas les étendues de Lavande du Plateau de Valensole mitoyen qui ont recouvert au Plateau d’Albion voisin les anciens sites de missiles nucléaires et redonné à la nature tous ses droits.  Au terme de 22 km d’ascension avec une pente en moyenne à 5% jusqu’au Chalet Reynard situé à 1.417 m puis à 9,5% dans les derniers kilomètres, il atteindra une première fois le sommet en ayant en quelque sorte contourné précautionneusement le monument. Les coureurs basculeront sur le versant nord boisé, tranchant avec la calotte de pierre, en direction de Malaucène comme dans une fuite éperdue pour s’éloigner d’un monstre qu’ils auraient oser tancer; ce faisant, ils auront quitté un temps la Provence, dont le géant constitue une frontière septentrionale géographique, climatique et culturelle, pour se rapprocher de la Drôme qui, selon moi, n’en fait pas véritablement partie.

La caravane du Tour reviendra sur ses pas pour se lancer à partir de Bédoin, sur 15,7 km à 8,8% de moyenne sur près de 1.600 m de dénivelé, dans la véritable conquête car des Trois Mont Ventoux, c’est cette ascension-là qui est incomparable; elle en est la Voie royale, celle de la gloire éternelle pour quelques-uns et pour tous un chemin de souffrance et aussi de rédemption: « Pour connaître ce pays, il faut y venir par la poussière des chemins et la tête dans les nuages », a écrit un auteur régional

Simiane-la-Rotonde©️PP

Sur les 7 premiers kilomètres à partir du virage de Saint-Estève, réputé depuis l’époque des des courses automobiles en côte aujourd’hui abandonnées, les pourcentages avoisineront 10% avec des pointes à 13,5%, l’oxygène par un étrange phénomène se raréfiera dans la traversée de la forêt à tel point que la carburation des véhicules en sera affectée. Au sortir graduel de cet environnement dantesque, les coureurs découvriront le Ventoux pour la première fois dans l’intégralité d’un Mont majestueux, d’une pyramide de pierre, telles celles de Saqara en Egypte, transposées de manière sur-dimensionnée en Provence. Cet affrontement visuel sera un moment de vérité, celui du renoncement ou de la sublimation des forces restantes. Pour peu que le vent – comme celui du pays proche de Giono, qui rend parfois fou en raison de sa violence dans la solitude de l’hiver – soit de la partie, les derniers survivants valides de l’étape entameront un cheminement initiatique, un approche qui, au sommet, comme le disait Richard Virenque qui y fut vainqueur, « permet de côtoyer les dieux ».

Certains des champions de ce Tour de France ont préféré renoncer avant l’étape, l’un pour une blessure alléguée, tel autre petit-fils d’un immense champion qui s’y illustra dans le courage et la dignité parce qu’ils souhaitaient préparer l’épreuve relativement proche des Jeux olympiques de Tokyo. Mais les Trois Mont Ventoux ne sont qu’un dont le périple initiatique est la Voie royale de la deuxième ascension du jour qui surpasse toutes les autres médailles d’or. Et le Tour de France est un institution plus que centenaire et sans égal qui mérite le plus grand respect oublié par les mercenaires du sport contemporains. Au contraire, Jean Giono, qui décrivit avec tant de force les pulsions de la nature dans Colline, aurait sûrement dit à propos du Ventoux et il en a d’ailleurs fait le titre d’un autre de ses ouvrages: « Que ma joie demeure ».

Les gorges de la Nesque ©️ PP

Sault, Vaucluse ©️PP

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