Tokyo 2020, dans la mémoire des Jeux

Trois générations, Tokyo © PP

                Chacun a sa mémoire des Jeux, olympiques et aussi paralympiques. Ceux-ci se rattachent à une histoire collective et aussi à la sienne propre dont ils ont contribué à jalonner le cours. Quelle que soit l’évolution accomplie au cours des dernières décennies vers une professionnalisation de plus en plus poussée, les Jeux représentent encore largement le sport à l’état pur dans beaucoup de disciplines, le Graal de tout compétiteur, la légende pour les médaillés et parfois même aussi pour ceux qui ne l’ont pas été mais se sont dépassés, une fierté incomparable pour les nations organisatrices et le souvenir merveilleux de tant de bénévoles. Pour reprendre un terme cher à ce site, il s’agit d’une palpitation d’un monde à l’unisson tous les quatre ans, quelles que soient les vicissitudes, qui suscite dans le même temps une vocation et un engagement au dépassement perpétuel. 

Les Olympiades de Tokyo 2020, différées à l’année suivante et furent même sous la menace d’une annulation peu avant leur déroulement, viennent de s’achever. Tout a presque déjà été dit sur la réussite sur tous les plans de cette édition si particulière, sur le risque sanitaire et économique pris par le pays organisateur. Il fallait une nation, qui vit en permanence avec la menace tellurique et celle des tsunamis, pour faire face avec autant de calme, d’esprit méthodique et de sang froid et nous donner ainsi – comme dans L’île nue (Hadaka no shima), ce chef d’oeuvre de son cinéma – une leçon de résistance et d’optimisme. Les spectateurs ont été le plus souvent tenus à l’écart des épreuves mais on les a sentis attentionnés  et prompts à montrer leur enthousiasme comme cela a été le cas lors d’un épreuve de cyclisme sur route d’anthologie sur les pentes du mont Fuji, d’ailleurs remportée par un champion venu d’Equateur, autre pays des volcans. 

Cérémonie de clôture de Tokyo 2020

Chaque nation a sa mémoire des Jeux. Du côté français, où les médailles ont longtemps été rares, c’est Alain Mimoun remportant finalement – contre son concurrent et ami, l’immense Zàtopek – le marathon de Melbourne en 1956; Pierre Jonquères d’Oriola conquérant in extremis l’unique titre olympique français des précédents Jeux olympiques de Tokyo en 1964, juste avant que ne débute la cérémonie de clôture; le prodige à nouveau en équitation du cheval Jappeloup sautant plus haut que sa taille à Séoul en 1988; ou encore Marie-José Pérec s’envolant de manière sublime à Barcelone en 1992, puis à Atlanta en 1996 pour réaliser un doublé sur 400 m et 200 m plat. Mais la liste n’est évidemment pas limitative et devrait inclure tant d’autres sportifs remarquables. 

Pour la Chine en 2008, les Jeux ont été plus que le sport. Ils ont signifié l’entrée éclatante et tant attendue sur la grande scène internationale d’une nation « qui n’en finissait pas de s’éveiller » – pour paraphraser le titre d’un célèbre ouvrage. Cela s’est notamment traduit par des cérémonies d’ouverture et de clôture somptueuses et sans doute jamais égalées.

Mais le Royaume-Uni a su relever, à sa manière, le défi de Pékin, de façon à la fois très britannique et mondialisée. Il est à noter que jus’à ce jours Londres est la seule ville au monde avec Athènes à avoir accueilli en 2012 (après 1908 et 1948) les Jeux pour la troisième fois. A Londres, la nervosité de la veillée d’armes fut grande (the pre-match tension), mais la cérémonie d’ouverture a été un moment paroxystique libérant soulagement et une immense fierté dans un pays qualifié « d’amoureux du sport et de berceau du sport moderne » par le Président du CIO.

Gare de Saint-Pancras, Londres 2012 © PP

La barre à franchir était en effet haute depuis le gigantisme de Pékin 2008. Elle l’a été grâce à une célébration du Royaume-Uni conçue par le réalisateur de cinéma, Danny Doyle. Celui-ci a retracé l’évolution du pays depuis le monde rural jusqu’à la société moderne. Si la présentation s’’st efforcée de montrer le meilleur, par exemple le NHS (Service national de Santé) auxquels sont attachés les Britanniques, le survol historique a été sans complaisance avec la description de la dureté de la révolution industrielle. L’incarnation des nouveaux puissants par l’acteur shakespearien Kenneth Branagh et les ouvriers des fonderies forgeant les anneaux olympiques – sur des rythmes musicaux infernaux dénommés précisément « Pandaemonium » – resteront un des grands moments de cette soirée exceptionnelle. L’humour britannique teinté d’autodérision aura aussi été poussé  très loin, sinon avec Mr. Bean participant avec le London Symphony Orchestra à l’interprétation de la musique des Chariots of Fire, du moins avec l’époustouflante interprétation par la Reine Elizabeth II d’un rôle aux côté de Daniel Craig alias 007.

Le succès de London 2012 a été aussi, et peut-être avant tout, celui de dizaines de milliers de bénévoles admirables et, ne l’oublions pas, celui des Jeux Paralympiques, sans doute les plus réussis de l’histoire, qui se sont déroulés dans le Stade olympique devant 85.000 spectateurs.

Les Britanniques devraient se souvenir aujourd’hui – et nous avec eux – du message fort de leurs derniers Jeux. Si la candidature de Londres avait été déterminée, comme cela a été dit, par l’idée de contribuer à forger l’identité moderne, post-impériale, d’un Royaume-Uni devenue une nation mondialisée et multiculturelle, le message avait été exprimé alors avec une force impressionnante. Les Jeux vont donc revenir en Europe, après l’éclat impressionnant de Pékin, l’affirmation post-moderne britannique et la perfection de Tokyo face à d’extrêmes défis. Paris accueillera aussi des Jeux pour la troisième fois, à l’instar d’Athènes et de Londres, un siècle après l’édition de 1924. Le défi sera d’enrichir la mémoire des Jeux par l’innovation et la création, grâce à la voie tracée contre vents et marées par les Jeux précédents et par Tokyo 2020-2021.

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