Syrie Mémoire et Civilisation

Un catalogue d’exposition ou un livre d’art ne se racontent pas mais se contemplent. C’est d’autant plus vrai pour Syrie Mémoire et Civilisation qu’il s’agit d’une somme somptueusement illustrée. Rien de plus complet et de plus pédagogique n’avait été jusqu’alors présenté sur le sujet. C’est comme si était restituée une civilisation disparue, dont l’espace temps recouvre « dix mille ans », dit-on souvent, voire même un million d’années depuis le Paléolithique.

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    L’Institut du Monde Arabe, dans le parfait accomplissement de sa mission, a su porter à la connaissance d’un vaste public français, européen et occidental cette richesse incomparable. Edgard Pisani, en sa qualité de président de l’IMA, qui était secondé par de remarquables équipes – dont Sophie Cluzan pour le Commissariat, Annie Caubet responsable du département des Antiquités orientales du Louvre et Badr Eddine Arodaky, animateur du Comité d’organisation; on peut entre autres citer du côté syrien Adnan Bounni, directeur des fouilles et des études archéologiques et Khaled el-As’aad, directeur du musée de Palmyre  – fut l’initiateur de ces grandes expositions sur l’Egypte et la Syrie, pour ne citer que les plus marquantes.

Rappelons que l’idée de l’IMA avait germé dans l’esprit du Président Giscard d’Estaing qui, après le premier choc pétrolier de 1973, avait cherché les voies et moyens de conjurer le risque de ce que l’on a appelé bien plus tard le « choc des civilisations ». Et c’est sous le mandat du Président Mitterrand que le projet visant à faire se rencontrer l’Orient arabe et l’Europe sur des thèmes culturels a pris véritablement corps sur les rives de la Seine, face à l’île de la cité et à Notre-Dame de Paris.

Le survol de cette Syrie d’un million d’années est vertigineux. Il faut laisser aux spécialistes le soin de présenter et expliquer une telle complexité. Mais le lecteur désormais, après le visiteur, peut relever les grands moments de cette Histoire : l’apparition des premiers villages d’agriculteurs au début du VIIIème millénaire avant notre ère, c’est-à-dire au Néolithique; la brusque accélération du IIIème millénaire avant J.-C. à Mari sur l’Euphrate où l’on écrivait en caractères suméro-cunéiformes et où l’on découvrit le « trésor d’Ur » fait de statuettes en ivoire; l’indépendance préservée d’Ugarit sur le littoral face aux Hittites, un millénaire plus tard, et l’ougaritique considéré comme le premier alphabet de l’histoire; la Syrie soumise à l’empire néo-babylonien au VIIème siècle avant J.-C. puis à la Perse achéménide; la grande rencontre entre l’Orient et l’Occident sous les Séleucides, héritiers d’Alexandre le Grand dont témoignent notamment les villes d’Antioche, Lattaquié et Apamée en mémoire respectivement du père, de la mère (Laodicée) et de l’épouse orientale (Afamia) de Séleucos Ier ou encore de Dura Europos sur l’Euphrate; au IIIème siècle après J.-C., Rome a pour empereur Philippe l’Arabe (NB: qui rétablit la paix sur le Danube et fut parfois considéré comme le premier empereur chrétien) et à cette même époque grandit le royaume de Palmyre face aux Sassanides qui ont succédé aux Parthes; l’apogée de Palmyre correspond au règne de Zénobie, qui finira par capituler face à Aurélien en 272, mais le rayonnement culturel et économique de la ville se poursuit; à la fin du IVème siècle, le christianisme s’impose et la Syrie est rattachée à Byzance; dès se origines, l’Islam s’y épanouit et la mosquée des Omeyyades, achevée en 715, devient un modèle jusque dans l’Espagne musulmane (cf. L’exposition de l’IMA : Les Andalousies de Damas à Cordoue); avec les Abbassides, Bagdad devient un nouveau centre; A partir du XVIème siècle, la Syrie est sous la domination ottomane qui a par exemple laissé à Damas la mosquée Sinan-Pachaou encore le Palais Azem qui abrita un temps l’Institut français.

Philippe l’Arabe, empereur romain
(244-249 ap. J.-C.), Musée de Shahba

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Etourdis par l’énumération de ces périodes, qui se superposent comme des strates géologiques, nous le sommes aujourd’hui tout autant par le choc que provoque la poursuite de la guerre en Syrie. Cette nation semble sortie de l’Histoire, aspirée dans une spirale de destruction, loin des échos du monde.

                     

Grande colonnade d’Apamée, IIème siècle ap. J.-C., collage, collection particulière © PP

Apamée, en bordure d’un plateau dominant la vallée de l’Oronte, est un lieu magique. Pendant plusieurs siècles, autour du changement d’ère, elle fut une ville militaire qui abritait à son apogée au IIème siècle après J.-C. les haras royaux, les chevaux de la cavalerie mais aussi 500 éléphants, sorte de force de dissuasion de l’époque. Conquise par Pompée en 64 av. J.-C., qui fit du pays une province romaine, c’est aussi là que vécurent un temps Antoine et Cléopatre. Il y eut dans cette rencontre une réminiscence des noces de Suse avec des princesses perses – Afamia aussi, dont le nom fut donné à la ville, avait été perse – imposées par Alexandre le Grand à ses généraux pour sceller la rencontre de l’Orient et de l’Occident. Mais s’il y a du romantisme dans l’histoire, qui n’est aussi parfois qu’un mythe, celle-ci plus globalement en est souvent dépourvue. Elle peut être tragique.

Fragment de mosaïque, vers 710
Grande mosquée des Omeyyades
Manuscrit du Coran, 1422,
Musée de Damas                                                                                     

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