Sasameyuki, Bruine de neige

Cerisier japonais, 1983 © Edouard Boubat

Sasameyuki, Bruine de neige, The Makioka sisters, c’est sous ces divers titres, synonymes pour les deux premiers,  que le grand écrivain japonais Tanizaki a publié  en 1948 – après qu’il ait été interdit en 1944 – un ouvrage que je place très haut dans la hiérarchie de la littérature mondiale, aux côtés des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand et de Guerre et Paix de Tolstoi.

Sasameyuki fut écrit sous les bombes, la tragédie renforçant le sentiment que le Japon traditionnel – dont la profonde mutation avait déjà été engagée sous l’effet d’une industrialisation qui bouleversait la répartition de la richesse et de l’ordre social -, allait totalement disparaître.

L’histoire des Quatre soeurs (NB: autre titre en français de l’ouvrage), est l’illustration de ce fil directeur du récit. Yukiko, trentenaire d’une blancheur de neige, est l’incarnation de la femme discrète, timide, confinée, que peuvent libérer les changements en cours. Ceux-ci ont la force d’un tsunami qui emporte tout, à l’instar de celui provoqué le 1er septembre 1923 par un tremblement de terre de magnitude élevée dans la province de Kantō – au coeur de la région la plus peuplée du Japon – dont la description par Tanizaki est bouleversante dans tous les sens du terme. Mais le Japon insubmersible, immuable, vit avec de tels phénomènes et a appris à leur survivre.  C’est chaque année, au mois d’avril, que Sasameyuki, bruine de neige se mue en « religion » des cerisiers dont la floraison échelonnée selon un calendrier précis, connu et attendu de tous, du sud de l’archipel aux extrémités de l’Hokkaido, réunit le pays tout entier dans un acte de contemplation salvateur.  La famille Makioka – que l’on y a aperçue à nouveau ces derniers jours – accomplit cette année-là son pèlerinage à Kyoto, armée d’un antédiluvien Leica argentique, pour contempler le spectacle grandiose du cherry blossom, communier collectivement avec la nature puissante et parfois destructrice, mais dont le pardon sait aussi combler…                                                                    

Cerisiers du Japon, 2021 © Touria Ramcharan

Hommage à Edouard Boubat

Le petit-fils de l’immense photographe que fut Edouard Boubat demanda un jour à son grand-père : « Donne-moi quelque chose qui ne meure pas ».

La réponse fut un album rempli de lumière, celle des photographies, c’est-à-dire du regard d’Edouard Boubat.

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