Non, Monsieur le Secrétaire général !

Source: The Pioneer

Monsieur le Secrétaire général,

Pardonnez-moi de vous le dire, votre article “Face à la Russie… », publié le 26 mars, n’est pas juste et il est même dangereux.

Vous ne connaissez pas la Russie et en avez une vision fantasmée. J’y ai passé une dizaine d’années ce qui ne me donne certes pas un droit supplémentaire à la détention de la vérité.

Boris Eltsine a livré son pays aux oligarques et a fait tirer au canon sur l’opposition en octobre 1993; il fut pourtant l’enfant chéri de l’Ouest, y compris du Président Chirac qui prétendait avoir traduit tout Pouchkine. C’est aussi ce Président qui, dans une vision manquant singulièrement de cohérence, a voulu – mais sans succès – que la France réintègre l’organisation militaire de l’OTAN. 

Vous entretenez la légende de l’humiliation. Mais Poutine n’a jamais été un modernisateur comme Pierre le Grand et je ne peux croire que vous sembliez admirer qu’il ait été comme Staline un “protecteur des Russes et rassembleur des terres russes” alors que ce dernier a patronné le Pacte Molotov-Ribbentrop. Tout au plus a-t-il restauré l’Etat dans sa composante “structures de force”.

Il n’y a jamais eu de Traité de Versailles dont aurait pâti la Russie mais au contraire des aides du FMI et de la BERD dont elle a bénéficié. C’est maintenant qu’il faudrait que la Russie “paye” des réparations pour les destructions qu’elle commet. 

Vous devriez relire le discours de Munich de 2007 de Vladimir Poutine qui n’est pas ce que vous dites et qui excluait l’usage de la force dans la droite lignée d’Evgeny Primakov. Les temps ont changé.

J’ai le plus grand respect pour vos efforts diplomatiques de 2006, mandaté par le Président Chirac pour construire une sécurité européenne. Mais un point clé vous échappe: la nature d’un régime hérité de Boris Eltsine reposant sur la consanguinité de l’Etat et de l’oligarchie prédatrice. S’il y a en Russie un problème de démocratie, il y a encore plus un problème de République. 

Contrairement à ce que vous dites, la question de l’extension de l’OTAN en direction de la Russie ne se pose plus puisque le processus est dans la pratique gelé depuis 2008 et que le Président ukrainien vient de l’écarter.

Vous êtes téméraire en affirmant que la Russie de Poutine n’est pas l’Allemagne nazie. La différence de nature est certes la Shoa, mais vous fermez un peu vite les yeux, ne serait-ce que sur Marioupol et les innombrables crimes de guerre résultant d’une agression non provoquée. 

La balle est aujourd’hui dans le camp de Moscou. Votre description d’ensemble, j’ai le regret de vous le dire, est historiquement fausse et complaisante. Poutine, suivi par Lavrov – dont le naufrage intellectuel et moral est pathétique – et une “élite’ russe que l’on croyait cultivée et intelligente, nous parlent des “génocidaires” d’Ukraine et de “dénazification“, brossant en quelque sorte un tragique autoportrait. 

C’est plutôt une déstalinisation qui devrait être opérée. Celle-ci ne peut l’être que par les Russes eux-mêmes. Tant qu’elle n’aura pas eu lieu, la Russie restera un pays arriéré et menaçant.

 

Source: Le Figaro, 26 mars 2022

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