Microsoft/ LinkedIn et la Démocratie

Cité interdite, entrée Nord © PP

                Les GAFA, plus la lettre M, ont leur mérite. Ils peuvent être à la fois de merveilleux instruments qui ont changé le monde en bouleversant sa communication comme également les vecteurs universels de politiques et d’idéologies visant à modifier le destin des individus ainsi que l’orientation de collectivités entières.

Si l’on s’en tient à leurs mérites, il est regrettable que Microsoft ait décidé de mettre un terme à l’aventure de Linkedin en Chine. Telle est tout au moins l’une des interprétations des décisions qui viennent d’être annoncées. Certains imputent aussi la responsabilité du départ annoncé – après Twitter et Facebook – aux nombreux freins mis par les autorités chinoises au développement incontrôlé de la firme. La présentation du retrait par certains responsables de Linkedin alimente elle-même cette version des faits (cf. «  a significantly more challenging operating environment and greater compliance requirements »).

Du côté de l’entreprise américaine, les principales raisons avancées mettent l’accent sur le rôle de Linkedin en tant que “bourse d’emplois” qui aurait fonctionné de manière plutôt efficace alors que la finalité de “réseau social” n’aurait pas été atteinte. Qu’entend-on à cet égard? Que la promotion d’un mode de vie et des valeurs occidentales se serait heurtée à des limites? Il est en effet tout à fait concevable que les réglementations et contrôles des responsables chinois concernés n’aient pas facilité la réalisation de ce vaste projet.

Il ne semble pas qu’une analyse relevant de la rationalité économique ait été à l’origine de la décision de Microsoft qui souligne d’ailleurs – en s’en attribuant un grand mérite – qu’elle n’a pas fait passer au premier plan ses intérêts de nature purement économique. Dès lors, Microsoft s’était elle assigné une mission politique, voire civilisatrice? 

Si tel était le cas, il serait préoccupant du point de vue de la séparation des pouvoirs chère à l’ordre constitutionnel et étatique libéral qu’un opérateur économique se mue aussi ouvertement, même si cela a au moins le mérite de la clarté, en bras armé d’une puissance.

Dans la pratique, il est désormais vraisemblable qu’il nous sera désormais plus difficile de dialoguer avec nos partenaires chinois ou nos correspondants également étrangers résidant en Chine. Ce libre dialogue aurait-il moins d’intérêt qu’une espèce “d’agit-prop” destinée au seul peuple chinois? Une telle évolution, qui consiste à ériger de nouvelles barrières dans un monde que l’on croyait avancé sur la voie de la mondialisation pour ce qui est de ses aspects parmi les plus positifs, serait-elle un progrès si ce schéma se confirmait? 

Si Microsoft/ Linkedin entrait à son tour, comme exécutant de hautes oeuvres, dans le bras de fer avec la Chine – et le Président Biden vient d’ailleurs de saluer la décision de retrait -, les premières victimes en seraient d’abord les Chinois – parmi 54 M d’utilisateurs – les plus ouverts au dialogue tant interne qu’à l’extérieur. Ils seraient dès lors victimes d’une forme d’abandon et cela s’apparenterait – toutes proportions gardées – à celui des Afghans brutalement délaissés à Kaboul au milieu du gué. Cela n’est ni le premier ni le dernier exemple d’une certaine politique de puissance.

Au final – en extrapolant à partir du cas chinois -, si nous devions tristement nous recroqueviller sur nos espaces nationaux, il conviendrait alors que les GAFA s’y préoccupent aussi de la démocratie. Celle-ci y est à l’évidence malade comme l’a montré le drame du Capitole qui fut tout sauf un accident. Il y a là un immense chantier pour Microsoft qui aime tant se targuer de nobles missions dépassant de terre à terre logiques d’entreprises. Cela pose aussi la question de la régulation de l’activité de groupe de dimension mondiale se substituant parfois au législateur et aux Etats. La question s’était déjà posée immédiatement après les événements de janvier 2021 à Washington en raison de la censure de certains tweets politiques décidée par les diffuseurs eux-mêmes.

Afin de vous faire profiter de la meilleure expérience utilisateur, notre site Internet utilise des cookies. Cliquez sur "J'accepte" pour poursuivre votre navigation.