Lettre à un ami chinois

La Chine dans la guerre (Source: Résidence du général Ba à Guilin, Guangxi)

     Ami très cher,

     Quelques jours après leurs conseillers pour la sécurité nationale, les Présidents Biden et Xi Jinping vont s’entretenir ce 18 mars et l’Ukraine dominera l’agenda des discussions. La gravité de cette guerre au coeur du continent européen et la dimension mondiale que celle-ci a d’ores et déjà acquise, m’obligent à m’adresser à vous sans détours ni fioritures.

Vous connaissez depuis un certain temps maintenant mon intérêt pour votre grand pays et son immense civilisation tout autant que mon admiration pour les efforts réalisés par le peuple chinois au cours des dernières décennies pour parvenir à un niveau de développement et de modernisation inégalé dans sa longue histoire. J’ai toujours su être à contre-courant, quand il le fallait, pour mettre ces acquis en valeur et il pourrait en être de même avec la Russie envers laquelle je ne nourris aucune hostilité fondamentale.

Mais, dans cette guerre d’agression de l’Ukraine, au coeur d’un continent européen qui n’a rien connu de tel depuis le second conflit mondial, notre sécurité, liberté et indépendance d’Européens sont en jeu.

Il est clair que nous observons avec la plus grande attention le comportement de tous les acteurs, qu’il s’agisse des Etats-Unis jusqu’ici relativement en retrait, ce qui a pour effet bénéfique une obligation à prendre nos propres affaires en mains, de l’Inde préoccupée par la poursuite de son développement ou de la Chine aspirant à conforter son statut de grande puissance.

Depuis son entrée aux Nations Unies, l’émergence de votre pays a semblé parfois interminable. Ceux-là même qui l’ont regretté dans un souci d’équilibre du monde sont prompts aujourd’hui à lui reprocher un excès d’affirmation sur la scène mondiale.

La réalité dans l’affaire ukrainienne se situe, me semble-t-il entre les deux mais il s’agit d’un moment de vérité dont beaucoup peut dépendre pour les années et même décennies à venir. La prudence, perçue parfois comme de l’ambiguïté, n’est pas en soi condamnable car elle traduit, selon moi, une propension systématique à une nécessaire rationalité qui m’a fait un jour qualifier votre pays de “puissance hyper-calculatrice”.

Des pires tourments de la guerre et des dangers qui en découlent peuvent aussi sortir le meilleur. Il me semble que la Chine, en ce qui la concerne, a une occasion unique pour révéler sa véritable identité, elle qui a également connu l’occupation, le dépeçage et la guerre.

Il nous faut compter sur elle pour faire les bons choix, dont les effets seront à long terme, et montrer au monde qu’elle est fondée à y exercer les plus grandes responsabilités garantes de la paix, de l’équilibre mondial, de la poursuite de sa brillante modernisation, voire de l’harmonie générale qu’elle affirme être sa philosophie.

 

 

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