Le viol d’Europa et de l’Afghanistan

Le viol d’Europe par Rubens (1628-1629), Musée du Prado

          Le viol ou le rapt d’Europa par Zeus, déguisé en taureau blanc, est profondément ancré dans la mythologie occidentale. Les représentations picturales et artistiques en général en sont nombreuses avec Titien, Rubens, Rembrandt ou encore Darius Milhaud dans la musique, André Chenier et Rimbaud en littérature et jusqu’à Botero pour la sculpture. Zeus pourrait symboliser aujourd’hui l’hubris de la puissance, le triomphe de la violence alliée au matérialisme, et Europa le féminin bafoué.

L’Afghanistan, conquis mais toujours résistant au cours des siècles, soumis plus récemment à des transformations brutales d’une partie de sa société, puis abandonné, est une sorte de version contemporaine de l’enlèvement de la princesse phénicienne. Les conséquences, en particulier humanitaires, en sont terribles alors que nous avons totalement détourné le regard de cette tragédie, par dépit ou impuissance.

Seules quelques voix se font entendre, émanant d’humanitaires mais très rarement de politiques, pour dénoncer le drame qui se joue dans le heartland de l’Asie du Sud.. Ce scandale est intolérable au nom des responsabilités que nous avons prétendu assumer dans la région. Pour les nouveaux harkis des villes ainsi que pour les masses rurales délaissées, un acte de repentance tardif, ne réparera rien. Il faut parler haut et fort et surtout agir pour l’Afghanistan. Si l’Europe – autrefois victime sous les traits d’Europa, comme aujourd’hui en particulier les femmes et les enfants – ne veut pas prendre les traits d’un prédateur blasé mais est véritablement un pôle de civilisation, ce rôle lui revient en tout premier lieu.

Pour l’Afghanistan © PP

Il ne s’agit pas, après tant d’auteurs grands connaisseurs de la région, tel Peter Hopkirk (cf. The Great Game), d’écrire une thèse sur l’Afghanistan, mais plutôt de faire un point sur un état d’urgence et de lancer un appel. 

En quelques mots, la situation est la suivante depuis l’abandon du pays, aussi soudain que brutal en août dernier, par la coalition internationale: la contraction de l’économie est sans précédent, alors que l’aide internationale représentait 80% du budget et la moitié d’un PNB de 20 mds$ sous l’ancien Président Ashraf Gani.

Des millions d’Afghans étaient employés dans les forces armées, la bureaucratie et les organisations internationales. Des avoirs de 9 mds$ déposés dans des banques étrangères ont été gelés. L’éloignement des femmes de l’éducation et du monde du travail aura de sévères conséquences (NB: 1 md$, soit 5% du PNB, selon les évaluations). L’Afghanistan est désormais l’un des plus pauvres pays d’Asie. 1 M d’enfants sont menacés de mourir de faim et 25% d’une population totale de 40 M souffrent de réelle insuffisance alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial (PM). Le revenu par habitant a chuté de 500 à 350$ par an.

L’effondrement du régime pourrait s’avérer catastrophique. Selon l’International Crisis Group la famine pourrait tuer plus que la guerre en deux décennies. En 4 mois  ce qui s’est passé est l‘équivalent de se qui s’est produit en 5 ans de conflit syrien, selon le Représentant du PNUD, Abdallah al-Dardari, ancien Vice-premier ministre de Syrie.

Le State Department dit avoir versé 280 m$ depuis août dernier, via l’assistance humanitaire.  Des pays tels que la Russie, la Turquie et le Pakistan, la Chine de manière plus embryonnaire, voire certains pays voisins tel le Turkménistan – qui tout au long des années a fourni de l’électricité et maintenu des relations avec l’ensemble des parties – apportent une aide au nouveau régime. Mais celle-ci n’est pas à la hauteur du défi de la survie d’une nation.

Il a fallu attendre le 22 décembre dernier pour que le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution permettent des exemption humanitaires au régime de sanctions imposées après la victoire des Talibans. Le US Treasury va ainsi  pour sa part accorder des licences particulières facilitant le travail des ONG. L’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) a annoncé un programme alimentaire via l’Islamic Development Bank.

Le 21 septembre dernier à New York; lors de la réunion ministérielle organisée par les Nations Unies sur le futur des femmes afghanes, le Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a déclaré vouloir « accompagner celles qui restent » en fournissant une aide humanitaire dont le montant annoncé serait de 100 m€ et « accompagner celles qui partent ». Mais que deviendront sur place le Lycée pour filles Malalaï ou encore l’Hôpital mère-enfant de Kaboul?

Mais la voix la plus forte en Europe est venue d’Allemagne avec la présentation le 23 décembre par Annalena Baerbock, la nouvelle Ministre de l’Auwärtiges Amt, d’un Plan d’Action du gouvernement fédéral. Celle-ci a constaté que se déroulait sous nos yeux « la plus grande catastrophe humanitaire de notre temps ». Beaucoup en Afghanistan vivaient dans la peur quotidienne et parce que nous avions une « responsabilité » à leur égard ils ne pouvaient être abandonnés.  L’Allemagne avec 600 M€ était le premier donateur humanitaire pour ce pays. Cela ne signifiait aucunement accorder une légitimité politique et une quelconque reconnaissance aux Talibans. 

C’est un moment fort, unissant de vérité pour l’Europe au sens d’un grand ensemble réuni par la même civilisation. Elle devrait y associer nos amis britanniques, grads experts de l’Asie du Sud, le Royaume-Uni ayant apr ailleurs toujours été un grand donateur d’aide humanitaire 

Telle est en effet la priorité, celle d’un soutien humanitaire massif, correspondant à un devoir d’assistance à nation en danger. Mais au-delà, des considérations géo-stratégiques devraient aussi déterminer notre attitude. 

L’Afghanistan peut s’avérer en effet un cas d’école, comme on pouvait le penser dès la chute de Kaboul. De nombreuses grandes questions internationales s’y trouvent réunies: crises régionales dans une zone nucléarisée, légitimité des interventions dans les Etats faillis, drames humanitaires, développement du terrorisme, recomposition du Monde nouveau, redéfinition des organisations politiques inter-étatiques et des alliances, grands projets économiques du XXIème siècle à l’échelle planétaire.

Vu sous cet angle, le drame afghan ne peut non seulement laisser indifférent, mais il contraint à une réflexion renouvelée sur la Politique étrangère. Si tel est le cas, le conquérant, le séducteur, ne se seront alors  pas limités à s’emparer puis à abandonner tout aussi brutalement, à l’instar d’Europa.

Enlèvement d’Europe, Pompéi, Maison de Jason – Naples, Musée national archéologique

     Nach so vielen bekannten Autoren dieser Region wie Peter Hopkirk (siehe The Great Game) geht es nicht darum, eine Dissertation über Afghanistan zu verfassen, sondern vielmehr, einen Bericht über einen Ausnahmezustand zu verfassen und eine dringende Bitte auffordern.

Kurz gesagt, die Situation sieht so aus, seit das Land im August dieses Jahres durch die internationale Koalition so plötzlich und brutal aufgegeben wurde: Die Schrumpfung der Wirtschaft ist beispiellos, während die internationale Hilfe unter dem ehemaligen Präsidenten Ashraf Gani 80% des Haushalts und die Hälfte des BIP von 20 Mrd. USD ausmachte.

Millionen Afghanen waren in den Streitkräften, in der Bürokratie und in internationalen Organisationen beschäftigt. Die Guthaben in ausländischen Banken in Höhe von 9 Mrd. USD wurden eingefroren. Die Entfernung der Frauen von der Bildung und der Arbeitswelt wird schwerwiegende Folgen haben (Anm.: 1 Mrd. USD oder 5 % des BSP, wie geschätzt). Afghanistan ist jetzt eines der ärmsten Länder Asiens. Nach dem Welternährungsprogramm (WFP) sind 1 Million Kinder vom Hungertod bedroht, und 25% der Gesamtbevölkerung von 40 Millionen Menschen leiden unter einem akuten Nahrungsmittelmangel. Das Pro-Kopf-Einkommen ist um 500 bis 350 Dollar pro Jahr gesunken.

Der Zusammenbruch des Regimes könnte katastrophal sein. Laut der International Crisis Group könnte die Hungersnot mehr Opfer als der Krieg in zwei Jahrzehnten fordern. Was in den letzten vier Monaten geschehen ist, ist nach Angaben des UNDP-Vertreters Abdallah al-Dardari, ehemaliger stellvertretender Ministerpräsident Syriens, das Äquivalent zu dem, was in den letzten fünf Jahren des syrischen Konflikts zustande gekommen ist.

Das State Department behauptet, seit August letzten Jahres über humanitäre Hilfe 280 Millionen Dollar gezahlt zu haben.  Länder wie Russland, die Türkei und Pakistan, China noch nur am Rande oder sogar Nachbarländer wie Turkmenistan – die im Laufe der Jahre Strom geliefert und Beziehungen zu allen Parteien aufrechterhalten hat-, unterstützen das neue Regime. Aber die Herausforderung ist heute vor allem das Überleben einer Nation.

Erst am 22. Dezember dieses Jahres nahm der UN-Sicherheitsrat eine Resolution an, die humanitäre Erleichterungen, von den Sanktionen nach dem Sieg der Taliban gefasst, zuließ. Das US-Treasury-Büro wird Sonderlizenzen erteilen, um die Arbeit von NRO zu erleichtern. Die Organisation der Islamischen Konferenz (OIC) hat ein Nahrungsmittelprogramm über die Islamic Development Bank angekündigt.

Am 21. September in New York, anlässlich der von den Vereinten Nationen veranstalteten Ministertagung über die Zukunft der afghanischen Frauen, erklärte der französische Minister für Europa und auswärtige Angelegenheiten, dass er « diejenigen verbleibenden Frauen »   und er hatte eine humanitäre Hilfe in Höhe von 100 Mio. EUR  angekündigt -, sowohl « die Abreisenden » begleiten würde. Aber was wird aus der  Malalaï Mädchenschule oder dem Mutter-Kind-Krankenhaus in Kabul?

Die stärkste Stimme in Europa kam aus Deutschland, als Annalena Baerbock, die neue Ministerin des Auwärtiges Amts, am 23. Dezember einen Aktionsplan der Bundesregierung vorstellte. Sie stellte fest, dass sich vor unseren Augen die « größte humanitäre Katastrophe unserer Zeit » abspielte. Viele in Afghanistan lebten in täglicher Angst und weil wir eine «Verantwortung » für sie hatten, dürften wir sie nicht im Stich lassen. Deutschland war mit 600 Mio. EUR der größte humanitäre Geber für dieses Land. Dies bedeutete keineswegs, den Taliban politische Legitimität und Anerkennung zu verleihen. 

Dies ist eine Stunde der Wahrheit für Europa, im Sinne eines großen geographischen Raumes, das Nationen von derselben Zivilisation vereint wird. Sie sollte unsere britischen Freunde, die großen Experten Südasiens, während das Vereinigte Königreich immer ein großer Geber humanitärer Hilfe war.

Das ist in der Tat die Priorität einer massiven humanitären Hilfe, die einer Pflicht zur Unterstützung gefährdeter Nationen entspricht. Aber darüber hinaus sollten auch geostrategische Überlegungen unsere Haltung bestimmen. 

Afghanistan kann in der Tat ein Schulbeispiel sein, wie man schon beim Fall von Kabul vermuten konnte. Viele wichtige internationale Fragen sind miteinander verbunden: regionale Krisen in einer Kernzone, Legitimität der Interventionen in gescheiterten Staaten, humanitäre Tragödien, Entwicklung des Terrorismus, Neuordnung der neuen Welt, Neudefinition der zwischenstaatlichen politischen Organisationen und der Allianzen, der großen Wirtschaftsprojekte des 21. Jahrhunderts auf globaler Ebene.

So gesehen darf das afghanische Drama nicht nur nicht gleichgültig sein, sondern zwingt zu neuen außenpolitischen Überlegungen und Orientierungen. Wenn das der Fall ist, dann werden sich der Eroberer, der Verführer, nicht darauf beschränkt haben, sich zu bemächtigen und dann genauso brutal aufzugeben wie mit Europa.

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