Le temps de l’Infra-dissuasion?

          Sommes-nous les témoins d’un regain de la guerre froide dans les relations internationales? La résurgence des périls sur le continent européen, haut lieu des tensions passées, de Berlin, à Budapest, Prague et Varsovie, pourrait le laisser penser. Une tendance à la reconstitution des blocs, que ce soit dans la zone de l’OTAN ou dans la région indo-pacifique, présenterait aussi à cet égard des similitudes avec un système international que l’on avait cru révolu. 

Des différences notables doivent cependant être relevées. La guerre froide mettait deux superpuissances face à face, tandis que le jeu est devenu plus complexe avec l’émergence de nouveaux pôles de puissance et des risques accrus de prolifération. La possession par les deux Grands de l’arme nucléaire excluait leur affrontement direct. Cela est toujours le cas mais une érosion s’est tout de même produite. En mer de Chine méridionale, la possibilité d’un conflit direct entre acteurs majeurs n’est pas totalement écartée par les protagonistes eux-mêmes. Le schéma est différent dans la crise ukrainienne puisque les Etats-Unis, tout en renforçant des effectifs dans la zone de l’OTAN, ont exclu une réponse militaire et demeurent à cet égard dans la logique de la riposte graduée.

Dans les deux situations précédemment évoquées, ni la détention de l’arme nucléaire ni la présence d’éléments armés des superpuissances ne semblent plus totalement sanctuariser des territoires menacés ni limiter les affrontements à des conflits périphériques par partenaires ou supplétifs interposés. Il en résulte une instabilité de plus grande ampleur qui est aussi une caractéristique nouvelle de la période présente. 

L’infra-dissuasion correspondrait dès lors à une situation d’ensemble où le nucléaire militaire ne garantirait plus la paix mais où, au contraire, sa détention donnerait une crédibilité supplémentaire à une puissance pour conduire des opérations d’envergure avec des moyens conventionnels ou simplement pour menacer d’y recourir. On ne peut que souhaiter que cette dernière interrogation ne soit pas fondée. Mais l’érosion de la dissuasion, paradoxalement dans une époque où les dangers de la prolifération sont réels, semble une tendance sur laquelle il faut s’interroger.

Il est opportun dès lors de se replonger dans les fondamentaux d’un système qui a fait ses preuves et tel est l’objet du livre du général Maigret préfacé par Hubert Védrine – lequel souligne la nécessité d’un « travail conceptuel permanent sur la dissuasion au XXIème siècle » – qui porte plus particulièrement, à des fins pédagogiques, sur la composante aérienne de la force de dissuasion française.  

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