Le Procès de Madame K

Source: Financial Times

          Des vents mauvais soufflent périodiquement sur le système multilatéral. La victime expiatoire fut autrefois Boutros Ghali, le Secrétaire général de l’ONU et Kofi Annan lui-même ne fut pas épargné à la fin de son mandat. Il s’agit aujourd’hui de Mme Kristalina Georgieva, qui est à la tête du FMI, pour des faits incriminés remontant à 2017, alors qu’elle dirigeait la Banque mondiale. Le soupçon a commencé à se répandre, remontant par capillarité, jusqu’à créer le risque de poser à terme la question de la crédibilité et de l’avenir de l’ensemble des deux institutions issues des Accords de Bretton Woods de 1944.

Le procès n’est pas celui de Joseph K mais de Madame K. Le procureur n’est pas clairement visible, les chefs d’accusation sont sinon flous du moins empruntent des voies détournées, la victime a probablement eu le malheur d’être au mauvais endroit, au coeur d’un débat finalement tout autant idéologique que scientifique (NB: d’une manière générale, tout ce qui relève de la déréglementation est jugé de manière plus positive; les gouvernements conservateurs sont mieux traités que les progressistes). Mme Kristalina Georgieva aurait-elle contribué à faire modifier le classement de la Chine dans un rapport de la Banque mondiale (cf. « Doing Business ») sur l’environnement des affaires, alors que Pékin s’était engagée dans une série de réforme pour s’ouvrir aux investisseurs étrangers et s’apprêtait à participer à une augmentation du capital de la Banque? 

Quoi qu’il en soit, la question est précisément au coeur de l’avenir du FMI où la place de la Chine va se poser en raison de l’ascension d’un pays dont l’économie a été multipliée par quinze en vingt ans. 

L’accusation ne relève-t-elle pas, en raison même de cette réalité, d’une « hystérie anti-chinoise » tous azimuts? L’honneur de Madame K. est à ce stade en jeu, mais il s’agit aussi de celui de l’Europe et de ses intérêts. L’ébranlement du système multilatéral qui pourrait en résulter – du fait de la mise en cause de la crédibilité de ses institutions économiques et financières – conduirait à l’affaiblissement de chacun. La France, qui a soutenu Mme Georgieava dans sa candidature à la tête du FMI – à l’a différence de certains de ses partenaires européens – a d’ailleurs fait l’objet dans le passé de critiques  portant sur son système juridique. Dans les circonstances présentes, outre Paris, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni semblent après réflexion se ranger derrière la Directrice générale. 

La mise en cause de Mme Georgieva, dont toute la carrière fut exemplaire, est pernicieuse. Le pire serait de ne pas trancher rapidement et le mieux serait naturellement du point de vue de nos intérêts que le soupçon soit levé définitivement.

(Les réflexions que suscitent cette affaire seront intégrées dans l’article à paraître: « Defense et Illustration du Multilatéralisme »)

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