Le Jubilé d’un Roi

Un élan d’unanimité nationale, l’affirmation de la grandeur du pays, la tradition et la modernité

Horse Guards © PP

Philip Mountbatten n’eut jamais le titre de Roi, alors que l’épouse d’un Roi est appelée Reine dans la monarchie britannique. Mais l’essentiel est ce qu’il fut et ce qu’il fit. Il fut associé à la longévité au pouvoir incomparable d’Elisabeth II et la sienne en tant que Prince consort n’a jamais été non plus égalée.

On pourrait dire en des termes quelque peu ordinaires, comme à propos de la Reine, « qu’il a fait le job », représentation après représentation, inauguration après inauguration, patronage après patronage, jour après jour. Et de cela, le peuple britannique lui est reconnaissant et sa simplicité, sans se départir d’une grande élégance, ainsi que sa jovialité et son humour permanents l’on rendu populaire bien au-delà des frontières du Royaume-Uni et même du Commonwealth.

Le Prince Philip eut aussi une carrière dans la Marine, en des temps difficiles, et il montra beaucoup de courage. Il gravit ainsi des échelons jusqu’à un rang très élevé sans ne rien devoir à personne. On ne peut se prononcer sur son rôle au sein de la famille royale, car il s’agit là par définition d’un espace réservé, de l’ordre de l’intimité, mais la Reine Elisabeth elle-même a souligné ce que la force et la constance de son époux lui avaient apporté. La Reine travaillait toujours, s’entretenant par exemple une fois par semaine avec le Premier ministre, on ne le soulignera jamais assez. Lorsque la famille voguait autour du monde sur le Britannia, la Reine ne s’éloignait jamais des affaires de l’Etat et un bureau d’ailleurs modeste lui avait été aménagé à bord qui lui permettait de recevoir directement des télécommunications. Le Prince Philip ne pouvait pas ne pas être associé à ce rythme particulier d’existence.

Des honneurs amplement mérités lui ont été rendus avant même ces obsèques nationales chez lui au château de Windsor où il rencontra, dit-on, la Reine pour la première fois. Le Jubilé de la Reine, il y a près de dix ans en juin 2012, au cours de quatre jours de festivités ininterrompues, fut un peu le sien. Il se déroula d’ailleurs en partie sur l’eau qui est son élément.


Le Jubilé avait été attendu de longue date. Aussi malgré le froid et l’humidité qui s’étaient emparés de Londres – cela devait finalement affecter la santé du Prince Philip qui avait bravé les éléments – des centaines de milliers de personnes s’étaient réunies lors de trois moments forts: plus d’un million de spectateurs le long de la Tamise, le dimanche 3 juin, pour assister au spectacle historique de la descente du fleuve (« The pageant on the Thames ») par une barge royale entourée d’une flottille composée d’innombrables embarcations; 250 à 300.000 personnes lors du concert donné devant Buckingham Palace, retraçant la musique britannique tout au long du règne, de Paul McCartney à Robbie Williams en passant par Tom Jones et Elton John; un nombre équivalent lors du parcours en carrosse découvert (NB: une landau de 1902), le long du Mall, après la messe d’action de grâce à la cathédrale Saint-Paul, et de l’apparition de la famille royale au balcon du Palais, au terme des célébrations.

La fête ne s’était pas limitée à ces seuls lieux. Les provinces et composantes du Royaume (cf. Pays de Galles, Écosse, Ulster) avaient activement participé à l’événement, à leur manière, et la télévision en avait démultiplié l’ampleur. L’euphorie avait semblé gagner chaque foyer, chaque lieu public et chaque pub – jusqu’aux automobilistes et taxis arborant des drapeaux – qui étaient décorés comme il se doit pour une fête nationale. La fête était partout, jusque dans les « street parties » auxquelles les Britanniques sont accoutumés. La foule, dans sa diversité, s’était appropriée à nouveau « l’Union Jack » qui avait été largement confisqué au cours des années précédentes par des mouvements extrémistes. L’affection et le respect du pays s’était ainsi exprimé de manière ostentatoire pour la Reine et le premier cercle de la famille royale; la capacité à faire face à bien des vicissitudes dans une époque de grands changements avait été saluée et aussi une attitude empreinte de dignité et de modestie, si ce n’est de simplicité.


Le Jubilé de Diamant était arrivé à point nommé pour servir d’antidote à la crise, non seulement en faisant oublier un temps les difficultés du moment mais aussi en insufflant un sentiment de confiance à la population. Quand bien même il ne se serait agi que d’une parenthèse, de nombreux citoyens se sont déclarés fiers – comme cela devait être le cas lors des Jeux olympiques de Londres, quelques mois plus tard – de cette célébration qui avait mis en exergue la capacité du pays à organiser un événement aussi considérable (« it makes you so spécial to be British »).

La participation du Commonwealth aux célébrations – et la présence de très nombreuses personnalités venues des pays membres – par exemple lors du défilé des bateaux sur la Tamise -, avait replacé le pays dans toute sa perspective historique et rappelé le lien que la monarchie lui permet d’entretenir encore aujourd’hui avec son héritage impérial. Pour autant, le débat qui se fait jour chez certains des membres du Commonwealth, quant à ce que pourrait être à l’avenir leur statut au sein de ce vaste ensemble, n’a pas été totalement occulté. Dans ce contexte d’une célébration très largement circonscrite à l’univers du Commonwealth, la présence du navire trois-mâts français « Belem » avait été particulièrement remarquée. Le Prince Charles avait été reçu à bord.

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Le Jubilé de Diamant n’a fait que coïncider avec l’année des Jeux olympiques et il eut une valeur démonstrative en soi de l’attachement du Royaume-Uni à ceux qui incarnent la continuité nationale. Les media britanniques, par la nature de leurs reportages « autour » de la célébration, ont contribué à quelque peu « désacraliser » la solennité de l’événement. Ils ont, dans le même temps, fait ressortir la dualité d’un pays fait de respect des traditions ancestrales et d’une modernité touchant souvent à l’excentricité. Le Royaume-Uni a ainsi rappelé, au cours de ce Jubilé, de quelles multiples façons il focalisait encore l’attention du monde et souligné sa diversité telle qu’à titre d’exemple une majorité de Londoniens ne sont pas nés au Royaume-Uni. Dans le rapport du pays à la famille royale, le quotidien le Times a résumé un sentiment assez largement répandu par ces mots: « nous ne sommes pas gouvernés par des robots constitutionnels, mais une famille qui vit et respire et avec laquelle nous partageons triomphes et malheurs » Symbole de l’unité de la famille et de celle du Royaume qui fut le sien au cours d’une existence centenaire, on peut affirmer à propos du Prince Philip que le Jubilé d’il y a dix ans est devenu celui d’un Roi.

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