L’Année du Tigre et de tous les dangers?

Artiste de Xi’an, peinture sur rouleau, collection particulière © PP

     L’Année du Tigre sera célébrée, ce 1er février, dans tout le monde chinois et asiatique en général. Tous nos voeux à ceux qui respectent et observent avec attention ce cycle de douze ans, dont chaque année porte le signe d’un animal. Le premier jour de l’année lunaire était à l’origine une fête agricole. Et le tigre dans cette astrologie est censé représenter des valeurs de dynamisme, de courage mais aussi de combat quand celui-ci est nécessaire.

L’Année du tigre sera-t-elle aussi « L’Année de tous les Dangers », pour reprendre le titre d’un remarquable film australien (The Year of Living Dangerously), ou un moment fort pour de nouvelles opportunités? Le film relatait la répression d’une violence extrême qui visa en 1965, dans l’Indonésie de Soekarno, à éliminer les communistes sous le couvert d’une tentative de putsch qui leur était reprochée.

Nous n’en sommes plus au temps de la guerre froide, ou tout au moins le croyions-nous. La guerre froide, dans sa version originelle, mérita son nom lorsque les grandes puissances étaient au contact, par exemple à Cuba ou à Berlin, et que toute escalade aurait pu signifier une « ascension aux extrêmes » qu’il fallait absolument éviter. Mais le prix à payer pour ce face-à-face, sous-tendu par la volonté de puissance et de domination et les divergences idéologiques, fut la multiplication des conflits périphériques par alliés et obligés interposés.

Ces conflits n’ont pas disparu dans un monde où les idéologies ont été parfois remplacées par l’exploitation de croyances religieuses et où de nouveaux défis, ceux par exemple du développement, et du climat,  en sont de nouveaux vecteurs. C’est l’absence de régulateur du système international – fût-il assuré par un condominium -, du fait de la multiplication des pôles de puissance et d’un essoufflement de certains interventionnismes passés – qu’il s’agisse du Proche-Orient, de l’Asie du Sud, voire de l’Afrique – qui rend les relations internationales particulièrement volatiles et instables.

 Allons-nous de plus assister à la résurgence de la politique des blocs, avec des ensembles recomposés? La politique russe à l’égard de l’Ukraine est à la fois l’expression d’une opposition affichée à l’OTAN et à son élargissement vers l’Est mais en même temps une tentative de réaffirmation d’une zone d’influence, voire un projet de rétablissement d’un ensemble ayant préexisté à la décomposition de l’Union soviétique. La récente Alliance AUKUS dans le Pacifique prend la forme de la composition d’un bloc occidental face à la Chine, dans une forme actualisée de rapport de bloc à bloc. A cet égard, il est heureux que l’Europe ou ses Etats membres n’en fassent pas partie et conservent leur libre détermination dans la zone. Tel est l’aspect le plus positif de la perte par la France du fameux contrat de sous-marins à propulsion nucléaire.

A ces préoccupations qu’inspire l’évolution actuelle du sytème international dans le sens de tensions accrues, s’ajoute un phénomène que l’on pourrait qualifier par un néologisme: « l’infra-dissuasion ». La guerre froide n’a pas généré entre les Supergrands en raison de la disposition par ceux-ci de l’armement nucléaire. La doctrine de la « destruction mutuelle assurée » (MAD), expression terrifiante en soi, a été dans la pratique un garde-fou salvateur qui a pris un autre nom pour une même réalité: « l’équilibre de la terreur ». Mais qu’en est-il aujourd’hui? La gesticulation militaire russe aux frontières de l’Ukraine doit être naturellement prise très au sérieux car la « puissance pauvre », comme l’on qualifie parfois la Russie, s’appuie sur une incontestable puissance militaire, modernisée au cours des dernières années. La démonstration en a par exemple été faite avec l’intervention en Syrie, à partir de 2015. La prudence américaine face à cette Russie sur le continent européen (cf. La mention par le Président Biden d’une « petite intervention ») peut s’expliquer de manière classique par le principe selon lequel le nucléaire militaire n’est envisageable que pour la défense d’intérêts vitaux. Les dirigeants ukrainiens eux-mêmes ont compris ce que cela voulait dire. 

La situation autour de Formose est potentiellement plus grave encore car si la Chine est « un partenaire et un compétiteur », voire un « rival systémique » – expression qui ne recueille pas nécessairement le consensus au sein de l’UE – de l’Europe, elle est manifestement plus que cela pour Washington. Mais alors que le déséquilibre reste de 1 à 10 pour les forces navales en Mer de Chine méridionale, l’Ambassadeur de Chine aux Etats-Unis vient de déclarer que ces derniers et son pays pourraient « finir par se faire la guerre à propos de Taïwan ». Là encore, un pays dont la puissance n’est certes pas en déclin mais au contraire en essor, mais dont les moyens sont encore jugés inférieurs sur le plan militaire, prend le risque d’un tel langage que son statut nucléaire et le dynamisme de son développement technologique rendent crédible.

La nouveauté de cette nouvelle guerre froide serait-elle donc que des affrontements directs pourraient être théoriquement envisagés entre grandes puissances ou blocs dominés par celles-ci qui disposeraient d’armes nucléaires? Si tel était le cas, il s’agirait d’une dérive particulièrement préoccupante de nature d’ailleurs à encourager la prolifération nucléaire au delà des seuls « rogue states ». Dans la mesure en tout cas où la plus brûlante actualité des relations internationales est actuellement centrée sur le continent européen, il est légitime que l’Europe s’empare à nouveau de ce dossier. L’urgence est d’abord le dialogue et au-delà l’objectif dans le contexte de cette « nouvelle guerre froide » devrait être une « nouvelle détente » dont l’Europe, pôle de civilisation serait le promoteur.

L’Année de tous les dangers ne commence pas hors des frontières des Etats et ne s’arrête pas non plus à celles-ci. Des thèmes présentés comme intérieurs agitent d’ores et déjà des débats en vue d’importantes échéances électorales: l’immigration, la sécurité, le pouvoir d’achat, l’identité, la souveraineté…Aucune de ces questions n’échappe en réalité à des facteurs externes. Le problème de l’immigration, n’est -il pas plutôt la question mondiale des migrations. Celles-ci résultent avant tout de la guerre, de la démographie et de la pauvreté ou encore du climat. Aucun mur ne les arrêtera et le traitement est ailleurs. La pandémie est-elle une affaire intérieure? Est-ce aussi le cas du réchauffement climatique qui peut produire des ravages, comme cela a été le cas en Allemagne au cours de l’été? Nord Stream 2 est-il une affaire germano-russe ou bien ne déterminera-telle pas le prix du gaz pour un consommateur européen? 

C’est aux politiques et aux opinions de se prononcer. Souhaitons leur de retenir les vertus positives prêtées au Tigre dans l’astrologie lunaire: courage, dynamisme et force maîtrisée.  

Radjah, tigre blanc de 9 ans et 250 kg, Asson © PP

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