L’Ami Nole

Novak Djokovic, double vainqueur de Rolan-Garros (Source: Getty Images)

          L’imbroglio sanitaire, administratif, politique et sportif australien vient de trouver un aboutissement. L’issue, qui prive l’actuel numéro un mondial du tennis de prendre part, en quelque sorte dans son jardin, à un tournoi qu’il a déjà remporté neuf fois et en cas de victoire de devenir le joueur ayant gagné le plus grand nombre de compétitions du Grand chelem dans toute l’histoire du tennis, n’a pas pour autant apporté toutes les clarifications nécessaires. L’affaire, dont la dimension est à la mesure de la globalisation du monde, n’est pas pour autant terminée dans toutes ses composantes.

Il ne s’agit pas de nier le côté parfois rugueux et entêté de la personnalité de cet immense champion qui a sans doute des racines profondes, personnelles, familiales et nationales et a pu  être accentué par le vedettariat. Il n’est pas non plus question de se faire l’avocat des opposants à la vaccination contre la pandémie. Novak Djokovic ne l’a d’ailleurs jamais fait lui-même et la question de son statut vaccinal était même le mystère le mieux gardé jusqu’à son arrivée récente en Australie. 

On ne peut pour autant affirmer avec certitude que le champion a voulu dissimuler et tricher. Il ne serait jamais venu à Melbourne si les responsables de Tennis Australia qui organise l’Australian Open et l’Etat de Victoria où il se déroule n’avaient pas jugé qu’il remplissait les conditions au regard des obligations pour les non vaccinés. La suite a été un bataille devenue de plus en plus opaque au fil des jours, sur toile de fond des fluctuations de l’opinion australienne, de la campagne pour les élections générales en Australie, des hésitations d’un gouvernement conservateur en difficulté et d’une caisse de résonance à l’échelle de la planète tout entière.

La sortie de crise n’en est finalement pas une. Les conséquences pourraient être graves pour Novak Djokovic. Sur le plan humain, l’on peut imaginer qu’outre ses deux détentions ou simplement rétentions, le fait d’être désigné à la vindicte populaire n’a pas dû être facile à vivre pour lui et sa famille. Sur le plan sportif, la remise en cause définitive de son visa pourrait aussi signifier une interdiction de séjour de trois ans dans le pays mettant de facto quasiment un terme, compte tenu de son âge, à ses ambitions tennistiques en terre australienne. Le roi de Melbourne étant désormais absent, le tournoi a été en quelque sorte décapité et il faudra tout le talent de ses épigones pour rétablir le prestige de l’événement.

Mais le plus important sera de retrouver ou pour beaucoup de découvrir qui est réellement Novak Djokovic. Très peu de joueurs de tennis présents cette année à l’Australian Open, sans doute quelque peu dépassés par la controverse, ont osé ou voulu le soutenir. Hormis l’Australien Kyrgos et quelques autres dont Andy Murray mezzo voce, la Française Alizé Cornet, dont on connaît le tempérament, a fait exception en rappelant que le numéro un mondial était celui qui avait toujours soutenu les autres joueurs, en particulier les moins bien classés, notamment pendant le coronavirus. 

A Roland-Garros, lors d’une finale pourtant perdue en 2015 contre Stan Wawrinka, Novak Djokovic avait reçu la plus incroyable et interminable standing ovation jamais octroyée même à un vainqueur des Internationaux de France. Le public français, qui a vu le champion souffrir pendant tant d’années sur la terre battue pour décrocher son Graal, outre peut-être les sentiments que la Serbie a toujours inspirés en France, lui a alors manifesté ses encouragements chaleureux. En ces circonstances, les champion rugueux mais au coeur d’or est plus que jamais à Paris l’ami Nole, comme on l’y appelle affectueusement. 

       

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