La Voix de l’Ukraine

Dmytro Kuleba, Ukrainian Minister of Foreign Affairs – Ukraine-France Forum, Ifri/New Europe Center (Paris, 10 February, 2022)

     Il faut naturellement aussi écouter les Ukrainiens. Comparaison n’est pas raison, mais l’on se réfèrera une fois encore à la crise tchécoslovaque de la fin des années 30. A Munich, la Tchécoslovaquie était absente des négociations concernant directement son avenir et son existence même. Le lendemain, la Wehrmacht occupait les Sudètes et six mois plus tard, le pays tout entier. On ne peut à l’évidence défendre la souveraineté de l’Ukraine et ne pas lui donner l’occasion de faire entendre sa voix.

Grâce à une programmation établie de longue date mais qui ne pouvait être plus à propos, l’Institut français des relations internationales (Ifri) et le New Europe Center de Kiev ont co-organisé, le 10 février, un Forum Ukraine-France dont les débats se sont articulés autour de trois thèmes principaux: les questions politiques et de sécurité; les questions énergétiques et climatiques; les nouvelles opportunités commerciales et en matière d’investissement. M. Dmytro Kuleba, le Ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine, est intervenu dans les débats par visioconférence depuis Kiev.

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Le Ministre s’est d’abord attaché à faire la genèse de la crise. Il a rappelé l’ancienneté de l’appartenance à la civilisation européenne, dans la mouvance de Byzance et par le christianisme. Anne de Kiev, épouse Henri Ier, avait été reine de France au XIème siècle. L’Etat « cosaque » ukrainien avait ensuite été intégré dans un empire russe en plein essor, mais les aspirations à rejoindre le monde occidental avaient été constantes.

Désormais, l’ambition de l’Ukraine n’était pas simplement de jouer un rôle de  « pont » mais de viser une véritable intégration. S’agissant de l’OTAN, Kiev avait écarté jusqu’en 2014 cette perspective; une loi ukrainienne établissant une sorte de « neutralité hors bloc » existait d’ailleurs lors de l’annexion de la Crimée en 2014. La question n’était donc pas la neutralité de l’Ukraine mais elle portait sur les intentions de la Russie.

Dans les circonstances présentes, Kiev privilégiait la voie de la diplomatie tout en se montrant déterminée à se défendre. Elle s’interrogeait sur les soutiens que l’Europe pourrait lui apporter. La crise avait contribué à une plus grande unité de la communauté atlantique. En résumé, diplomatie active, programme de sanctions, renforcement des moyens militaires à des fins dissuasives se conjuguaient.

Toutes les possibilités existaient encore pour régler les problèmes autour d’une table et cela valait aussi pour la Russie. Pour l’avenir, il faudrait renforcer l’architecture de sécurité de façon à la rendre plus stable. Organisations existantes et réseaux de « petites alliances » (NB: avec la Lituanie et la Pologne, la Géorgie et la Moldavie, la Turquie) étaient complémentaires. Un tel dispositif devait apporter de la souplesse et non pas conduire à un morcellement.

 

Anne de Kiev, fresque, cathédrale Sainte-Sophie, Kiev, XIème s.

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