La Communauté internationale (3/3): Un Secrétaire général pour l’ONU / Ein Generalsekretär für die UNO

Kofi Annan in Interventions, A Life in War and Peace

               Le Conseil de sécurité est généralement considéré comme la clé de voûte de l’ONU. A la différence de l’Assemblée générale, il dispose en effet d’un pouvoir décisionnel qui s’impose à tous, y compris à des Etats qui ne sont pas membres de l’Organisation. Cet organe principal selon la Charte des Nations Unies dispose en effet d’un pouvoir théorique considérable qui requiert toutefois non seulement qu’une majorité qualifiée soit réunie lors de ses votes mais aussi qu’aucun des cinq membres permanents de l’institution ne fasse obstacle. 

Le statut du Secrétaire général est exactement l’inverse: celui-ci ne dispose que de très peu de pouvoirs qui se résument à l’article 99 de la Charte selon lequel le chef du Secrétariat de l’Organisation peut évoquer toute situation menaçant ou portant atteinte à la sécurité internationale. Autant dire que le champ d’action est sans limite à la condition que le Secrétaire général soit doté d’une grande autorité morale et d’un charisme pour en appeler à l’opinion mondiale ansi que d’un grand sens de la négociation diplomatique dans ses relations avec les Etats et aussi du courage pour s’opposer parfois, à ses risques et périls, aux plus puissants d’entre eux.

Il y eut de grands Secrétaires généraux: le Suédois Dag Hammarskjöld, mort en mission en Afrique en 1961 dans un accident aérien; l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali qui sut tenir tête aux Etats-Unis dans les affaires du Proche-Orient et le paya de son poste; le Ghanéen Kofi Annan, homme de synthèse et d’un suprême équilibre entre le monde occidental et les pays émergents ou en développement. Aucune femme n’a encore été Secrétaire général mais plusieurs d’entre elles auraient déjà pu l’être et l’on peut ainsi citer Kristalina Georgieva, aujourd’hui à la tête du FMI, ou encore Mary Robinson, ancienne Présidente de l’Irlande qui fut Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme. Cette dernière énumération n’est pas limitative.

En 1996 devait intervenir le choix d’un nouveau Secrétaire général, pour une prise de fonctions au début de l’année 1997. Le Secrétaire général sortant, Boutros Boutros-Ghali avait bénéficié d’un fort soutien de la France. Il était d’ailleurs un remarquable francophone ce qui était alors un critère important pour Paris dans le choix du titulaire de la fonction. Sa forte personnalité, son engagement sur les questions du Proche et Moyen-Orient dont il était originaire, les difficultés à réformer l’ONU, étaient susceptibles par commodité de faire de lui un parfait bouc émissaire et lui valurent en tout cas bien des inimitiés.

Après le drame de Cana, survenu en avril 1996 dans un camp de réfugiés du sud Liban, pourtant sous la protection de la FINUL, qui avait été bombardé sur ordre du Premier ministre Shimon Peres par l’armée israélienne dans le cadre de l’opération « Raisins de la colère » et fit plus de 100 victimes, principalement des femmes et des enfants, les Etats-Unis annoncèrent qu’ils n’accorderaient pas leur soutien au renouvellement du mandat du Secrétaire général. Ce dernier s’était engagé en faveur d’une enquête internationale sur le drame de Cana. Il est à noter que cette menace implicite de veto ne fut pas toujours prise à sa juste mesure par l’ensemble des principaux acteurs de l’élection, c’est-à-dire les membres permanents, y compris la France, alors même qu’elle émanait d’une puissance majeure et portait sur une question d’intérêt élevé.

Pour ma part, j’étais convaincu que Kofi Annan, haut fonctionnaire de l’Organisation, avait l’étoffe pour la fonction considérée. Je n’avais pas plus de perspicacité que d’autres, mais mes fonctions à New York, où j’avais été chargé de suivre la question du Secrétariat de l’ONU et d’y soutenir la présence française, m’avaient permis de parcourir « l’Immeuble de verre » jusque dans ses moindres recoins. C’est ainsi que j’avais connu K. Annan et ses équipes. Avec celui qui était alors Sous-Secrétaire général chargé des questions de personnel et de la sécurité, le courant était immédiatement passé.

Nous avions même travaillé ensemble hors du cadre strict de l’Organisation car il présidait le Conseil d’administration de l’Ecole internationale des Nations Unies (cf. United Nations International School – UNIS). Cet établissement, qui accueillait principalement des enfants de fonctionnaires internationaux et de la communauté diplomatique, était privé mais gardait un lien fort avec l’ONU à proximité de laquelle il était d’ailleurs implanté. Un tiers des membres étaient nommés par le Secrétaire général de l’ONU, un tiers était choisi par les parents d’élèves et le dernier tiers était élu annuellement par les deux précédentes catégories. K. Annan me proposa de faire partie du Board au titre de la troisième catégorie. J’en informai mon Ambassadeur et celui-ci m’ayant donné son accord, je siégeai ainsi pendant quatre ans au sein de l’organe de direction de l’établissement.

Cette expérience me permit d’apprécier dans la durée la façon de travailler du Président du Board et son talent pour le consensus. Elle me donna aussi une ouverture sur l’environnement américain dont l’extra-territorialité des Nations Unies pouvait éloigner. Le Directeur de l’UNIS, le Dr Blaney, était d’ailleurs américain et je nouais des liens amicaux avec celui-ci et son épouse, née Gulbenkian, qui était alors Présidente d’une Université à New York.

Je perdis de vue K. Annan pendant mon premier séjour à Moscou mais je le retrouvais à l’automne 1995 au quai d’Orsay. Il était alors Secrétaire général adjoint chargé des Opérations de maintien de la paix, fonction éminemment politique au sein de l’ONU. Le Secrétaire général Boutros-Ghali venait de lui confier la mission de Représentant spécial pour le conflit  dans l’ex-Yougoslavie. Son séjour parisien était donc une étape sur le chemin de Zagreb où se trouverait son quartier général. K. Annan m’invita à lui rendre visite en Croatie en me laissant entendre que son intention était d’accomplir sa mission mais de rentrer le plus rapidement possible à New York. J’interprétais cette dernière indication comme le signe que de grandes manoeuvres en vue de l’échéance de l’élection du Secrétaire général à l’automne suivant, un an plus tard, étaient déjà engagées bien qu’aucun candidat ne se soit encore déclaré. Cela était logique, car la Charte de l’ONU donnant le droit à un Secrétaire général de briguer un second mandat, il eût été prématuré et fatal de se mettre en travers du chemin du Secrétaire général en exercice. 

Kofi Annan respecta en tous points une attitude de prudence et de décence et jamais il n’évoqua, fût-ce en privé, une possible ambition pour la fonction. Mais l’était clair pour moi qu’en cas d’empêchement du Secrétaire général sortant, il était un recours. Non seulement il avait une parfaite connaissance du système des Nations Unies, au sein duquel il avait exercé tant aux sièges de Genève et New York que sur le terrain, mais de plus le second mandat du Secrétaire général devait être conservé par l’Afrique, en vertu de la règle non écrite d’une rotation géographique.

Rentrés de Zagreb où nous étions allés lui rendre visite avec l’Ambassadeur Jean de Gliniasty, alors Directeur du Département des Nations Unies et des Organisations internationales au Quai d’Orsay, et où il nous avait impressionnés par sa maîtrise et son calme olympien au milieu de son équipe multinationale dans cette zone de conflit, nos regards se tournèrent vers New York où les pressions américaines augmentaient sur Boutros-Ghali afin de décourager ce dernier de se représenter. La menace de veto se précisait et devenait crédible. Il fallut que l’Egypte mette un terme au soutien à un candidat qui était censé la représenter et que l’intéressé lui-même, par réalisme et pour sauver la face devant une telle adversité, annonce « suspendre sa candidature » au renouvellement de son mandat, pour que des solutions alternatives apparaissent avec d’autres candidats africains enfin officiellement déclarés.

Mais le processus avait déjà été long pour en arriver là et la session automnale de l’Assemblée générale était déjà engagée. Le soutien de la France à Boutros-Ghali ne se démentit jamais jusqu’au dénouement final. Ce fut d’une certaine manière à son honneur d’avoir défendu, au-delà de la personnalité en cause, amie de la France et respectable, l’institution du Secrétaire général injustement attaquée. On ne pouvait accepter qu’un Etat membre permanent impose sa conception d’un système multilatéral qu’il entendait entièrement dominer en raison même de sa puissance.

Le Ministre français des Affaires étrangères avait été informé assez en amont des possibles chances de Kofi Annan par le canal de sa conseillère Salomé Zourabichvili, actuelle Présidente de la Géorgie qui était alors encore une diplomate française, que j’avais approchée avant le départ du Ministre pour New York. Mais dans cette affaire très sensible, tout était suspendu à la décision du Président Chirac. En réalité, très peu de personnes connaissaient Kofi Annan à Paris et l’on avait à l’échelon politique, décideur en la circonstance, une perception finalement assez lointaine du fonctionnement du système onusien et de ses acteurs.

Le cours des choses  s’accélérait tardivement mais brutalement et il fallait y faire face. Le critère de la francophonie était alors important pour la France et l’on s’interrogeait à Paris sur les compétences linguistiques des candidats. Il est vrai que Kofi Annan était anglophone, non seulement en raison de ses origines ghanéennes mais aussi de son parcours universitaire. Mais il avait aussi servi pendant de nombreuses années l’Organisation où le français était aussi langue de travail de ses fonctionnaires et il avait de plus était affecté dans des postes francophones, dont Genève. Son épouse, nièce du célèbre diplomate suédois Wallenberg qui avait aidé pendant la seconde guerre mondiale à sauver les Juifs de Hongrie et qui mourut probablement dans les prisons soviétiques, était aussi francophone. Outre sa pratique très convenable du français, j’étais toujours surpris par la connaissance très fine que Kofi Annan avait de notre vie politique.

Le fait que K. Annan ait eu longtemps des responsabilités dans des fonctions de gestion éloignées des activités plus visibles du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale avait contribué au relatif anonymat du candidat. Ce dernier avait de plus été rangé de manière un peu expéditive dans la catégorie des fonctionnaires de l’ONU ouverts a priori à la conception radicale de la réforme qui prévalait à Washington. J’estimais de mon côté qu’une telle suspicion était non seulement blessante mais ignorait la difficulté qu’il y avait pour un fonctionnaire international digne de ce nom à tenir la balance égale entre les membres permanents, à n’en être ni l’obligé ni à s’opposer à eux de manière frontale. 

Après quelques semaines, j’effectuais une mission de quelques jours à New York en espérant voir K. Annan. Il me fut signifié à mon arrivée, du côté français, que je devais éviter tout contact avec ce dernier. J’annulais donc un rendez-vous au siège de l’Organisation et rencontrais K. Annan « à titre privé » en ville. Je fus alors frappé du relatif isolement dans lequel se trouvait alors le candidat alors que l’échéance approchait, preuve supplémentaire que le choix du Secrétaire général de l’ONU ne se jouait finalement qu’entre quelques capitales et dans chacune d’entre elles ne concernait qu’un nombre très limité de personnes.

Au Quai d’Orsay, l’information ne circulait pas à ce sujet. Le paradoxe en ce qui me concernait était que je n’avais pas accès à l’information du réseau diplomatique mais que je recevais de temps en temps des appels de K. Annan qui ne relevaient pas exclusivement d’une relation amicale privée me fournissant des éléments dont mes supérieurs ne disposaient pas. Jean de Gliniasty raconta a posteriori, alors qu’il était Ambassadeur à Moscou, en soulignant qu’il y avait désormais prescription, qu’il effectua à cette période une mission des plus discrètes en Afrique du Sud auprès de Nelson Mandela en qualité d’Envoyé spécial du Président de la République. Il s’agissait encore d’expliquer le bien-fondé de notre engagement en faveur de Boutros-Ghali. 

Emmené dans le bush, à partir de Johannesburg par l’armée de l’air sud-africaine, l’Envoyé spécial y fut accueilli par le président en tenue de jogging et entouré de sa famille. L’échange fut un dialogue de sourds. Au soutien de la France au Secrétaire général sortant, répondit systématiquement celui que le Président sud-africain exprimait en faveur du Secrétaire général de l’OUA, le Tanzanien Salim Ahmed Salim, lequel n’était d’ailleurs pas un candidat encore déclaré. Il semble que Nelson Mandela conservait une dette morale à l’égard de celui qui l’avait soutenu durant ces années de captivité. Quoi qu’il en soit, nous étions dans l’impasse.

Peu après le retour à Paris de l’émissaire, l’AFP publia un communiqué de la Présidence de la République indiquant que si Salim Salim était candidat à la succession de Boutros-Ghali, la France mettrait son veto au motif qu’il n’était pas francophone. Je me suis souvent interrogé a posteriori sur cette annonce, alors que Boutros-Ghali n’avait pas encore rendu les armes et bénéficiait encore de notre engagement; redoutions-nous à ce point que la possible candidature du Secrétaire général de l’OUA ne vienne anéantir nos efforts bien isolés? La francophonie, aussi importante qu’elle fût pour notre soft power, justifiait-elle que nous nous opposions de manière aussi frontale à une grande figure du continent africain dont nous étions censés être un ardent défenseur?

Quoi qu’il en soit, mon interprétation avec le recul est que le veto virtuel du Président Chirac – Salim Salim ne présenta jamais sa candidature – aida finalement Kofi Annan au moment le plus critique de la procédure de l’élection au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. En effet, plusieurs candidats africains, dont naturellement K. Annan, se déclarèrent au moment où Boutros renonça. Des trois autres, un seul du Niger m’était inconnu; étaient ainsi également en lice Moktar Ould Abdallah, ancien Ministre des Affaires étrangères de Mauritanie, qui exerçait des fonctions de direction au sein du Département du développement de l’ONU et Amara Essy, Ministre des Affaires étrangères en exercice de la Côte d’Ivoire, qui avait été Ambassadeur de son pays aux Nations Unies et devait ensuite succéder à Salim à la tête de l’OUA. J’avais noué une relation d’amitié avec M. Ould Abdallah, très proche de la France et Amara Essy avait fait partie du Bureau du Groupe des Etats francophones à New York dont j’avais assuré le Secrétariat. Tous deux avaient de grandes qualités mais je considérais que Kofi Annan avait une expérience supérieure du système de l’ONU et la personnalité qui au final réunirait le plus grand nombre de suffrages.

Très rapidement, K. Annan se porta en tête lors des votes du Conseil de sécurité jusque’à obtenir 14 voix, un seul Etat membre votant contre lui, que l’on ne pouvait déterminer car le vote était secret. Si le Conseil décidait de passer à un vote formel, les précédents n’étant que de nature indicative, le risque était grand que la candidature de K. Annan ne soit anéantie, car l’on ne revient pas sur un veto.

Les événements s’accélérèrent à partir du vote 14/1. A Paris, j’eus la surprise d’être convoqué à un haut niveau du Quai d’Orsay à une heure tardive (NB: il était près de 21 heures). Mon interlocuteur fit état de ma « connaissance » de Kofi Annan et m’interrogea à son sujet. Ne comprenant quelle était la portée opérationnelle de cet entretien, j’exprimais alors ma disposition à apporter mon concours si cela s’avérait utile. Je reçus une réponse plutôt vague m’indiquant qu’une réflexion était en cours et qu’aucune décision n’avait encore été prise. Je sortis songeur de cet entretien: sans que cela m’ait été dit clairement, avais-je un message à transmettre? Je décidai de contacter Kofi Annan, aussitôt rentré chez moi, pour lui dire que j’avais été interrogé à un haut niveau du ministère, de manière tout à fait inattendue, que je n’avais été chargé d’aucun message, mais que mon sentiment était que « les choses étaient en train d’évoluer à Paris » et que je n’excluais pas qu’un contact soit établi rapidement avec lui.

Le lendemain, Kofi m’appela euphorique pour me dire qu’un émissaire « se présentant de ma part » (?!) avait pris le matin même le Concorde pour lui rendre visite et l’assurer du vote de la France en faveur de sa candidature et de son entière coopération dans ses futures fonctions. Le jour suivant, le 17 décembre 1996, le Conseil de sécurité se prononçait à l’unanimité en faveur de Kofi Annan, ce qu’entérinait l’Assemblée générale conformément à la procédure. Hervé de Charette, Ministre des Affaires étrangères, expliquait le même jour depuis Dublin où se tenait un Sommet européen les raisons de ce vote, c’est-à-dire une inflexion marquée par rapport au soutien sans faille apporté au Secrétaire général sortant. Et d’ailleurs, l’issue n’aurait pu être autre: la France était jugée, à juste titre, comme proche de l’Afrique que Kofi Annan incarnait pleinement. Comment aurait-elle pu s’y opposer et sur quels fondements? Il était inconcevable qu’elle ait pu apposer son veto. Le veto virtuel contre Salim avait été suffisant pour démontrer sa détermination et sa capacité à orienter ses choix.

En ce qui me concernait, mon rôle s’arrêtait là. J’avais consacré une année entière à me concentrer sur cette question de la « nomination » du Secrétaire général (NB: tel est le terme exact, dans la mesure où il s’agit avant tout d’un choix du Conseil de sécurité entériné par l’Assemblée générale); je n’en avais pas été chargé professionnellement mais elle s’était déroulée sous mes yeux et, juge et partie, je n’avais pu m’en abstraire. Du jour au lendemain, Kofi Annan, quasiment inconnu hors des cercles de l’ONU, devenait une personnalité mondiale à la une de la presse internationale. Voir la photographie du nouveau Secrétaire général en première page du New York Times, me fit une impression étrange, comme si j’étais affecté d’un dédoublement de personnalité. Le contact avec Kofi Annan devint immédiatement plus difficile, des intermédiaires faisaient obstacle. Le Secrétaire général élu fut dans l’instant aspiré par ses écrasantes fonctions. Je n’avais pas été son avocat et il s’était imposé grâce à sa carrière déjà réussie, sa personnalité et aussi parce que des circonstances avaient été favorables. J’avais néanmoins le sentiment personnel d’avoir, dans l’intérêt de mon pays, toujours gardé le contact et ménagé ainsi l’avenir.

Quelques mois plus tard, Kofi Annan effectua une visite officielle en France. Le contact fut immédiatement excellent avec le Président Chirac et cela se traduisit notamment lors de la deuxième crise irakienne en 1998 qui fut émaillée de nombreux épisodes dont celui de la « crise des Palais présidentiels » suspectés d’abriter la préparation d’armes de destruction massive. Notre Ambassadeur auprès des Nations Unies, Alain Dejammet, pour lequel j’ai le plus grand respect, comprit que mon rôle dans cette affaire ne s’était pas limité à ambitionner un beau poste au Secrétariat de l’ONU. J’eus d’ailleurs l’honneur, quelques années plus tard, d’accueillir à Moscou l’Ambassadeur et Jean-Pierre Chevènement et de les accompagner chez Evgeny Primakov, ancien Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères. Ce fut un grand moment.

Je suivis à distance les deux mandats du Secrétaire général dont le bilan est connu : le traumatisme du Rwanda, alors qu’il n’était pas encore Secrétaire général, mais le marqua à jamais ainsi que la Bosnie; le bombardement de l’OTAN en Yougoslavie en mars 1999, sans l’aval du Conseil de sécurité; l’opération en Irak de 2003 qu’il qualifia « d’illégale »; et l’attentat qui coûta la vie la même année à notre ami commun le diplomate argentin Sergio Viera de Mello qu’il avait délégué à Bagdad; mais aussi la bataille acharnée et continue contre le SIDA; l’Agenda de 2000 pour l’ONU (« Nous les Peuples: le rôle des Nations Unies au XXIème siècle »); le Prix Nobel de la Paix en 2001 mais la marginalisation de l’ONU après le 11 septembre. 

Comme souvent, s’agissant d’une personne publique, je fus frappé par le contraste entre la perception que pouvait avoir l’opinion et la personnalité réelle de Kofi Annan. Il était clair néanmoins que sa force intérieure fut parfois bridée par les contraintes de la fonction et la dépendance à l’égard du Conseil de sécurité, en particulier de ses membres permanents. Ce fut l’honneur de la France d’avoir toujours respecté le Secrétaire général de l’ONU, quel qu’il soit, et tel fut le sens profond de la bataille, parfois considérée comme « d’arrière-garde » en faveur de Boutros-Ghali. Kofi Annan comprit parfaitement qu’elle n’avait jamais été dirigée contre lui afin de l’empêcher d’accéder aux fonctions suprêmes de l’Organisation.

Le Secrétaire général parcourt le monde de manière incessante et Paris est très souvent une étape sur son parcours. J’eus ainsi l’occasion de revoir Kofi Annan à plusieurs reprises et de l’accompagner parfois dans des « déambulations » à vocation culturelle, comme la visite des salles égyptiennes du Louvre qu’il affectionnait. Non sans humour, il aimait la statue du scribe. Il me fit le grand honneur de me rendre visite, en compagnie de son épouse, elle-même peintre, à l’Institut du Monde Arabe où se tenait d’ailleurs une exposition consacrée à « Majorelle au Maroc ».

Je revis Kofi Annan pour la dernière fois le 4 octobre 2012 à Londres où il était venu pour présenter son ouvrage « Interventions ». Il me reçut en tête-à-tête et un seul sujet fut à l’ordre du jour: la Syrie. Il avait démissionné la même année de sa fonction d’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, en raison du manque de soutien sur la question des membres permanents. Il était plus inquiet qu’amer et, très proche des orientations qu’il traçait, je rendis compte au Quai d’Orsay de manière détaillée de cet entretien sous la signature de mon Ambassadeur, Bernard Emié. 

J’eus ce jour-là le sentiment, en raison de la froideur clinique de la discussion qui nous dépassait, qu’il y avait plus important que l’amitié et peut-être même que cette dernière appartenait au passé. N’était-ce pas une prétention que d’y croire encore? Pendant huit années comme Secrétaire général, Kofi Annan avait rencontré les grands de ce monde et tant d’être humains anonymes sur les cinq continents. Il était normal que cela l’eût façonné. Il était encore une personnalité en vue à la tête de sa Fondation, basée à Genève. Il fallait vivre dans la réalité et tourner la page. Le plus important était que Kofi Annan ait été la noble incarnation de la communauté internationale et que nous gardions son message en conclusion de ses Mémoires: « Des Nations Unies qui ne servent pas que les Etats mais aussi les peuples – et deviennent le forum où les gouvernements sont tenus responsables de leur comportement à l’égard de leurs propres citoyens – gagneront leur place au 21ème siècle ».

Kofi at Madame Annan à l’Institut du Monde Arabe, Paris, 2000

Ein Generalsekretär für die UNO

          Der Sicherheitsrat gilt allgemein als Eckpfeiler der UNO. Im Gegensatz zur Generalversammlung verfügt er über eine Entscheidungsbefugnis, die für alle gilt, auch für Staaten, die nicht Mitglieder der Organisation sind. Dieses Hauptorgan gemäß der Charta der Vereinten Nationen verfügt in der Tat über beträchtliche theoretische Befugnisse, die jedoch nicht nur eine qualifizierte Mehrheit bei seinen Abstimmungen erfordern, sondern auch, dass keines der fünf ständigen Mitglieder des Gremiums daran gehindert wird.

Das Statut des Generalsekretärs ist genau das Gegenteil: Dieser verfügt nur über sehr wenige Befugnisse, die sich in Artikel 99 der Charta zusammenfassen lassen, wonach der Leiter des Sekretariats der Organisation über alle Situationen berichten kann, die die internationale Sicherheit bedrohen oder gefährden. Das heißt, der Handlungsspielraum ist unbegrenzt unter der Voraussetzung, dass der Generalsekretär über große moralische Autorität und Charisma verfügt, um an die Weltöffentlichkeit zu appellieren und Mut, sich manchmal zu widersetzen, auf eigene Gefahr, auf die Mächtigen.

Es gab große Generalsekretäre: den Schweden Dag Hammarskjöld, der 1961 bei einem Flugzeugabsturz bei einer Mission in Afrika ums Leben kam; den Ägypter Boutros Boutros-Ghali, der den Vereinigten Staaten in Angelegenheiten des Nahen Ostens Widerstand leistete und für seine Position zahlte; Ghana Kofi Annan, ein Mann der Synthese und des höchsten Gleichgewichts zwischen der westlichen Welt und den Schwellen- und Entwicklungsländern. Bisher war noch keine Frau Generalsekretärin, aber einige von ihnen hätten es bereits sein können, und so kann man Kristalina Georgieva, die heute den IWF leitet, oder Mary Robinson, ehemalige Präsidentin Irlands, die Hohe Kommissarin der Vereinten Nationen für Menschenrechte. Diese Aufzählung ist nicht erschöpfend.

1996 sollte ein neuer Generalsekretär für eine Amtsübernahme Anfang 1997 ausgewählt werden. Der scheidende Generalsekretär Boutros Boutros-Ghali hatte starke Unterstützung von Frankreich erhalten. Er war übrigens ein bemerkenswerter francophone, was damals für Paris ein wichtiges Kriterium bei der Wahl des Amtsinhabers war. Seine starke Persönlichkeit, sein Engagement für die Fragen des Nahen und Mittleren Ostens, die Schwierigkeiten bei der Reform der UNO, haben ihn leicht zu einem perfekten Sündenbock gemacht, der ihm auf jeden Fall Feindseligkeiten bescherte.

Nach der Tragödie von Kana im April 1996 in einem Flüchtlingslager im Südlibanon, das unter dem Schutz der UNIFIL stand und auf Befehl von Ministerpräsident Shimon Peres von der israelischen Armee im Rahmen der Operation «Trauben des Zorns» bombardiert worden war und mehr als 100 Opfer forderte, hauptsächlich Frauen und Kinder, kündigten die USA an, dass sie die Verlängerung des Mandats des Generalsekretärs nicht unterstützen würden. Er hatte sich für eine internationale Untersuchung des Dramas von Cana eingesetzt. Es sei darauf hingewiesen, dass diese implizite Androhung eines Vetos nicht immer von allen Hauptakteuren, d. h. den ständigen Mitgliedern, in angemessener Weise wahrgenommen wurde; einschließlich Frankreich, als es von einer Großmacht kam und sich mit einer Frage von hohem Interesse befasste.

Ich für meinen Teil war überzeugt, dass Kofi Annan, ein hochrangiger Beamter der Vereinten Nationen, die Fähigkeiten für das jeweilige Amt erfüllte. Ich war nicht mehr scharfsinnig als andere, aber meine Arbeit in New York, wo ich die Frage des UN-Sekretariats verfolgen und die französische Präsenz dort unterstützen sollte, erlaubte mir, das «Glasgebäude» bis in die Tiefe zu bereisen. So kannte ich K. Annan und seine Leute. Mit dem damaligen Untergeneralsekretär für Personal- und Sicherheitsfragen hat es von Anfang ab sehr gut gefunkt.

Wir haben sogar außerhalb des strikten Rahmens der Vereinten Nationen zusammengearbeitet, da er Vorsitzender des Verwaltungsrates der Internationalen Schule der Vereinten Nationen war (vgl. United Nations International School UNIS). Dieses Gymnasium, in der hauptsächlich Kinder internationaler Beamter und der diplomatischen Gemeinschaft untergebracht waren, war privat, hatte jedoch enge Beziehungen zu den Vereinten Nationen, in deren Nähe sie sich befand. Ein Drittel der Mitglieder des Board wurde vom Generalsekretär der Vereinten Nationen ernannt, ein Drittel von den Eltern der Schüler und das letzte Drittel von den beiden vorhergehenden Gruppen jährlich gewählt. K. Annan schlug mir vor, als dritte Kategorie zum Board zu gehören. Ich unterrichtete meinen Botschafter, der seine Zustimmung gegeben hatte, und nahm vier Jahre lang im Leitungsorgan der Institution teil.

Diese Erfahrung erlaubte mir, die Arbeitsweise des Ratspräsidenten und sein Talent für den Konsens auf Dauer zu würdigen. Sie öffnete mich auch für das amerikanische Umfeld, das durch die Extraterritorialität der Vereinten Nationen in die Ferne gerückt werden konnte. Der Direktor der UNIS, Dr. Blaney, war übrigens Amerikaner, und ich habe mit ihm und seiner geborenen Frau Gulbenkian, die damals Präsident einer Universität in New York war, freundschaftliche Beziehungen geknüpft.

Ich habe K. Annan während meines ersten Aufenthaltes in Moskau aus den Augen verloren, aber ich traf ihn wieder im Herbst 1995 am Quai d’Orsay. Er war damals Stellvertretender Generalsekretär für Friedenssicherungseinsätze, der in hohem Maße politisch in der UNO tätig war. Der Generalsekretär Boutros-Ghali hatte ihm die Aufgabe eines Sonderbeauftragten für den Konflikt im ehemaligen Jugoslawien übertragen. Sein Pariser Aufenthalt war eine Haltestelle auf dem Weg nach Zagreb, wo sein Hauptquartier sein würde. K. Annan lud mich ein, ihn in Kroatien zu besuchen und deutete an, dass er seine Mission erfüllen, aber so schnell wie möglich nach New York zurückkehren wolle. Ich habe dies als Zeichen dafür interpretiert, dass bereits große Manöver im Hinblick auf die Wahl des Generalsekretärs im folgenden Herbst, ein Jahr später, unternommen wurden, obwohl sich noch kein Kandidat für die Wahl ausgesprochen hat. Das war logisch, denn die UN-Charta, die einem Generalsekretär das Recht auf eine zweite Amtszeit einräumt, wäre es verfrüht und fatal gewesen, dem amtierenden Generalsekretär den Weg zu versperren.

Kofi Annan respektierte in jeder Hinsicht eine Haltung der Vorsicht und des Anstands, und er sprach nie, wenn auch nicht im privaten Kreis, von einem möglichen Ehrgeiz für das Amt. Aber für mich war klar, dass er kandidieren würde, sollte der scheidende Generalsekretär verhindert werden. Er hatte nicht nur umfassende Kenntnis des Systems der Vereinten Nationen, in dem er sowohl an den Sitzen in Genf und New York als auch auf dem Feld tätig war, sondern auch die zweite Amtszeit des Generalsekretärs sollte von Afrika beibehalten werden, aufgrund der ungeschriebenen Regel der geografischen Rotation.

Zurück aus Zagreb, wo wir ihn mit Botschafter Jean de Gliniasty besuchten, damals Direktor der Hauptabteilung der Vereinten Nationen und der internationalen Organisationen am Quai d’Orsay, Und als er uns mit seiner Führung und seiner olympischen Ruhe mitten in seinem multinationalen Team in einem Konflikt Zone beeindruckte, blickten wir nach New York, wo der amerikanische Druck auf Boutros-Ghali zunahm, um ihn von einer Kandidatur abzuhalten. Die Vetodrohung wurde klarer und glaubwürdiger. Es war notwendig, dass Ägypten die Unterstützung eines Kandidaten einstellte, der sie eigentlich vertreten sollte, und dass der Betroffene selbst aus Realismus und um das Gesicht vor einem solchen Unglück zu wahren, «seine Kandidatur zur Verlängerung seines Mandats auszusetzen», Alternative Lösungen mit anderen, endlich offiziell erklärten afrikanischen Kandidaten zu finden.

Aber es war schon ein langer Prozess gewesen, und die herbstliche Tagung der Generalversammlung war bereits angelaufen. Die Unterstützung Frankreichs in Boutros-Ghali hörte nie bis zum endgültigen Ende auf. Es war in gewisser Weise seine Ehre, über die betreffende Persönlichkeit hinaus, die Institution des Generalsekretärs verteidigt zu haben, die zu Unrecht angegriffen wurde. Es war nicht hinnehmbar, daß ein ständiger Mitgliedstaat seine Auffassung von einem multilateralen System, das er aufgrund seiner Macht vollständig beherrschen wollte, durchsetzen sollte.

Der französische Außenminister Hervé de Charette wurde über seine Beraterin Salomé Zourabichvili, die damalige Präsidentin Georgiens, die noch französische Diplomat war, die ich vor der Abreise des Ministers nach New York, frühzeitig über die Chancen von Kofi Annan informiert hatte. Aber in dieser sehr heiklen Angelegenheit war alles von der Entscheidung von Präsident Chirac abhängig. In Wirklichkeit kannten Kofi Annan in Paris nur sehr wenige Leute, und auf der politischen Ebene, die in diesem Fall die Entscheidung traf, war die Wahrnehmung der Funktionsweise des Systems der Vereinten Nationen und seiner Akteure letztlich recht weit entfernt.

Der Prozess beschleunigte sich verspätet, aber brutal, und man musste damit umgehen. Das Kriterium der Frankophonie war damals für Frankreich wichtig, und in Paris stellte man sich die Frage nach den Sprachkenntnissen der Kandidaten. Kofi Annan war zwar englischsprachig, nicht nur wegen seiner ghanaischen Herkunft, sondern auch wegen seiner akademischen Laufbahn. Er war aber auch jahrelang der Organisation gedient, in der Französisch auch Arbeitssprache seiner Beamten war, und er war außerdem in französischsprachigen Postämtern, darunter in Genf, tätig. Seine Frau, Nichte des berühmten schwedischen Diplomaten Wallenberg, der während des Zweiten Weltkriegs geholfen hatte, die Juden in Ungarn zu retten, und der wahrscheinlich in den sowjetischen Gefängnissen starb, war auch französischsprachig. Abgesehen von seiner sehr guten Französisch-Praxis war ich immer erstaunt über Kofi Annans sehr genaue Kenntnis unseres politischen Lebens.

Die Tatsache, dass K. Annan lange Zeit in Managementfunktionen tätig war, die von den sichtbareren Tätigkeiten des Sicherheitsrats und der Generalversammlung weit entfernt waren, trug zur relativen Anonymität des Kandidaten bei. Außerdem wurde er in die Kategorie der UNO-Beamten aufgenommen, die nach der radikalen Reform in Washington noch offen waren. Ich meinerseits war der Ansicht, dass ein solcher Verdacht nicht nur verletzend war, sondern auch nicht die Schwierigkeit eines internationalen Beamten, einen fairen Ausgleich zwischen den ständigen Mitgliedern zu gewährleisten, sich ihnen gegenüber weder offen zu stellen noch sich ihnen zu widersetzen.

Nach ein paar Wochen war ich auf einer Reise nach New York und hoffte, K. Annan zu sehen. Sofort bei meiner Ankunft auf wurde mir von französischen Kollegen mitgeteilt, dass ich jeglichen Kontakt mit diesem Land vermeiden müsse. Ich hatte also einen Termin am Sitz der Organisation abgesagt und traf K. Annan «privat» in der Stadt. Ich war erstaunt über die relative Isolierung, in der sich der Kandidat damals befand, als der Termin näher rückte, Es ist ein weiterer Beweis dafür, daß die Wahl des UN-Generalsekretärs letztlich nur zwischen einigen wenigen Hauptstädten und in jeder Hauptstadtregion nur eine sehr begrenzte Zahl von Personen betraf.

Am Quai d’Orsay gab es ein Art von Blackout. Das Paradoxe an mir war, dass ich keinen Zugang zu Informationen des diplomatischen verfügten konnte. Jean de Gliniasty erzählt im Nachhinein, als er Botschafter in Moskau war, mit dem Hinweis, dass es jetzt eine Verjährungsfrist gibt, zu diesem Zeitpunkt eine äußerst diskrete Mission nach Südafrika zu Nelson Mandela als Sondergesandter des Präsidenten der Republik. Es ging noch darum, zu erklären, warum wir uns für Boutros-Ghali einsetzten.

Der Sondergesandte, der von der südafrikanischen Luftwaffe aus aus Johannesburg in den Busch geführt wurde, wurde dort vom Präsidenten in Jogging-Kleider und in Begleitung seiner Familie empfangen. Der Austausch war ein Dialog der Tauben. Auf die Unterstützung Frankreichs für den scheidenden Generalsekretär antwortete der südafrikanische Präsident systematisch auf die Unterstützung des Generalsekretärs der OAU, Tansania Salim Ahmed Salim, der im übrigen noch kein erklärter Kandidat war. Offenbar hatte Nelson Mandela eine moralische Schuld gegenüber dem, der ihn in den Jahren der Gefangenschaft unterstützt hatte. Wie dem auch sei, wir waren in einer Sackgasse. 

Kurz nach der Rückkehr des Abgesandten nach Paris veröffentlichte die AFP eine Erklärung des Präsidenten der Republik, in der sie mitteilte, dass Frankreich ihr Veto einlegen würde, wenn Salim Kandidat für die Nachfolge von Boutros-Ghali wäre, weil er kein Frankophon sei. Ich habe mich oft im Nachhinein nach dieser Ankündigung gefragt, obwohl Boutros-Ghali die Waffen noch nicht zurückgegeben hatte und von unserem Engagement noch profitieren konnte; Befürchteten wir so sehr, daß die mögliche Kandidatur des OAU-Generalsekretärs unsere Einzelbemühungen zunichte macht? Rechtfertigte die Frankophonie, so wichtig sie für unsere Soft Power auch war, dass wir uns so offen gegen eine große Figur auf dem afrikanischen Kontinent wehrten, für die wir angeblich ein leidenschaftlicher Verteidiger waren?

Im Nachhinein interpretiere ich jedenfalls, dass das virtuelle Veto von Präsident Chirac – Salim Salim Salim hatte nie eine Kandidatur eingereicht – letztendlich Kofi Annan in der kritischsten Phase des Wahlverfahrens im UN-Sicherheitsrat geholfen hat. Mehrere afrikanische Kandidaten, darunter natürlich K. Annan, gaben an, als Boutros aufgab. Von den anderen drei war mir nur einer aus dem Niger unbekannt; Moktar Ould Abdallah, ehemaliger mauretanischer Außenminister, der leitende Funktionen in der Hauptabteilung Entwicklung der Vereinten Nationen ausübte, und Amara Essy, Amtierender Außenminister der Elfenbeinküste, der Botschafter seines Landes bei den Vereinten Nationen war und Salim als Nachfolger der OAU antreten sollte. Ich hatte eine freundschaftliche Beziehung zu Ould Abdallah aufgebaut, der Frankreich sehr nahe stand, und Amara Essy war Mitglied des Büros der Gruppe der frankophonen Staaten in New York, für das ich das Sekretariat übernommen hatte. Beide hatten große Qualitäten, aber ich war der Meinung, dass Kofi Annan eine höhere Erfahrung mit dem UNO-System und der Persönlichkeit hat, die am Ende die meisten Stimmen auf sich vereinen würde.  

Schon sehr bald war K. Annan bei den Abstimmungen im Sicherheitsrat in Führung, bis er 14 Stimmen erhielt, wobei nur ein Mitgliedstaat gegen ihn stimmte, die man nicht bestimmen konnte, weil die Abstimmung geheim war. Falls der Rat zu einer formellen Abstimmung übergehen sollte, da die Präzedenzfälle nur indikativer Natur waren, bestand die Gefahr, dass die Kandidatur von K. Annan zerstört würde, weil man kein Veto einlegen würde.

Die Ereignisse beschleunigten sich mit der Abstimmung 14/1. In Paris wurde ich überrascht, zu einer späten Stunde auf hoher Ebene zum Quai d’Orsay eingeladen zu werden (Anmerkung: es war fast 21 Uhr). Mein Gesprächspartner berichtete über mein «Kenntnis» von Kofi Annan und fragte mich nach ihm. Da ich nicht wußte, welchen operativen Umfang dieses Gespräch hatte, erklärte ich mich bereit, mitzuhelfen, falls sich dies als nützlich erweisen sollte. Ich erhielt eine eher vage Antwort, die besagt, dass Überlegungen angestellt wurden und dass noch keine Entscheidung getroffen wurde. Ich dachte an dieses Gespräch: Hatte ich eine Botschaft zu übermitteln, ohne dass mir dies klar gewesen wäre? Ich beschloss, mich mit Kofi Annan in Verbindung zu setzen, sobald ich nach Hause kam, um ihm zu sagen, dass ich auf höchster Ebene des Ministeriums auf völlig unerwartete Weise befragt worden war, dass ich keine Botschaft für ihn erhalten hatte, aber dass ich der Meinung war, dass «Sachen liefen in Paris auf dem Vormarsch», und ich konnte nicht ausschließen, dass schnell Kontakt mit ihm aufgenommen wurde.

Am nächsten Tag rief mich Kofi euphorisch dazu auf, mir zu sagen, dass ein Abgesandter «von mir aus» (?!) noch am Morgen das Concorde Flugzeug zu sich genommen hatte, um ihn zu besuchen und ihm zu versichern, dass Frankreich für seine Kandidatur und seine uneingeschränkte Zusammenarbeit in seiner künftigen Funktion stimmen würde. Am darauffolgenden Tag, am 17. Dezember 1996, sprach sich der Sicherheitsrat einstimmig für Kofi Annan aus, was die Generalversammlung nach dem Verfahren bestätigte. Hervé de Charette, Außenminister, erläuterte am selben Tag von Dublin, wo ein europäischer Gipfel stattfand  aus die Gründe für diese Abstimmung, d. h. eine deutliche Wende gegenüber der uneingeschränkten Unterstützung des scheidenden Generalsekretärs. Man soll gestehen dass das Ergebnis auch nicht anders sein können hätte: Frankreich wurde zu Recht als dem Afrika nahestehend angesehen, das Kofi Annan in vollem Umfang verkörperte. Wie hätte sie Einwände erheben können und auf welcher Grundlage? Es war unvorstellbar, dass sie ein Veto eingelegt hat. Das virtuelle Veto gegen Salim war ausreichend, um seine Entschlossenheit und seine Fähigkeit, seine Entscheidungen zu bestimmen, unter Beweis zu stellen.

Soweit es mich betrifft, war meine Rolle hier beendet. Ich hatte mich während eines ganzen Jahres auf die Frage der «Ernennung» des Generalsekretärs konzentriert (NB: Dies ist der richtige Ausdruck, da es sich in erster Linie um eine Entscheidung des Sicherheitsrats handelt, die von der Generalversammlung gebilligt wurde); Ich war nicht beruflich damit beauftragt worden, aber es geschah vor meinen Augen, und, Richter und Partei, ich konnte es nicht abstrahieren. Über Nacht wurde Kofi Annan, der außerhalb der Kreise der UNO fast unbekannt war, zu einer Weltpersönlichkeit in der internationalen Presse. Die Fotografie des neuen Generalsekretärs auf der ersten Seite der New York Times zu sehen, machte mir einen seltsamen Eindruck. Der Kontakt zu Kofi Annan wurde sofort schwieriger, und Vermittler den Zugang verhinderten. Der gewählte Generalsekretär wurde gerade von seinen überwältigenden Aufgaben angezogen. Ich war nicht sein Anwalt, und er hat sich durch seine erfolgreiche Karriere, seine Persönlichkeit und auch durch die günstigen Umstände durchgesetzt. Ich hatte jedoch das persönliche Gefühl, daß ich im Interesse meines Landes immer Kontakt gehalten und damit die Zukunft gesichert hatte.

Einige Monate später besuchte Kofi Annan Frankreich offiziell. Der Kontakt zu Präsident Chirac war sofort ausgezeichnet, was sich insbesondere in der zweiten Irakkrise im Jahr im Verdacht stehen, die Herstellung von Massenvernichtungswaffen aufzunehmen. Unser Botschafter bei den Vereinten Nationen, Alain Dejammet, vor dem ich größten Respekt habe, ist sich dessen bewusst, dass sich meine Rolle in dieser Angelegenheit nicht darauf beschränkt hat, ein schönes Amt im Sekretariat der Vereinten Nationen anzustreben. Einige Jahre später hatte ich die Ehre, den Botschafter und Jean-Pierre Chevènement in Moskau zu begrüßen und sie zu Evgeny Primakov, dem ehemaligen Premierminister und Außenminister, zu begleiten. Es war ein großer Moment.

Ich verfolgte aus der Ferne die beiden Amtszeiten des Generalsekretärs, dessen Bilanz bekannt ist: das Trauma Ruandas, als er noch nicht Generalsekretär war, aber von dem er ewig geprägt bleiben würde, und Bosnien; die Bombardierung Jugoslawiens durch die NATO im März 1999 ohne Zustimmung des Sicherheitsrates; die Operation im Irak im Jahr 2003 , die er als “illegal” bezeichnete; und den Terroristen Anschlag, der unseren gemeinsamen Freund, den argentinischen Diplomaten Sergio Viera de Mello, den er nach Bagdad entsandt hatte, im gleichen Jahr das Leben kostete; aber auch den harten und anhaltenden Kampf gegen AIDS; die UN-Agenda von 2000 («Wir Völker: Die Rolle der Vereinten Nationen im 21. Jahrhundert»); Der Friedensnobelpreis 2001, die Marginalisierung der UNO nach dem 11. September.

Wie so oft, als es sich um eine öffentliche Person handelte, fiel mir der Kontrast zwischen der Wahrnehmung, die die Meinung der Öffentlichkeit haben konnte, und der tatsächlichen Persönlichkeit von Kofi Annan auf. Es war jedoch klar, dass seine innere Stärke bisweilen durch die Zwänge des Amtes und die Abhängigkeit vom Sicherheitsrat, insbesondere von seinen ständigen Mitgliedern, eingeschränkt wurde. Es war die Ehre Frankreichs, den UN-Generalsekretär stets respektiert zu haben, welcher Sinn und Zweck auch immer der Kampf war, der manchmal als «Rückzugswache» für Boutros-Ghali galt. Kofi Annan war sich vollkommen darüber im Klaren, dass sie sich nie gegen ihn gewandt hatte, um ihm den Zugang zu den höchsten Funktionen der Organisation zu verwehren.

Der Generalsekretär reist unaufhörlich durch die Welt, und Paris ist sehr oft eine Haltestelle auf seinem Weg. So hatte ich die Gelegenheit, Kofi Annan mehrmals wiederzusehen und ihn manchmal in kulturell geprägten «Spaziergänge» zu begleiten, wie beispielsweise den Besuch der ägyptischen Louvre-Säle, die er so viel mag. Er liebte die Statue des Schreibers. Er machte mir die große Ehre, mit seiner Frau, die selbst Malerin, das Institut du Monde Arabe IMA  zu besuchen, wo übrigens eine Ausstellung über «Majorelle in Marokko» stattfand.

Ich sah Kofi Annan zuletzt am 4. Oktober 2012 in London, wo er sein Buch «Interventions» vorstellte. Er empfing mich unter vier Augen ohne spezielle Wärme, und nur ein Thema stand auf der Tagesordnung: Syrien. Im selben Jahr war er als Sondergesandter des UN-Generalsekretärs Ban Ki-Moon zurückgetreten, weil er in der Frage der ständigen Mitglieder keine Unterstützung gefunden hatte. Er war mehr beunruhigt als verbittert, und ich berichtete dem Quai d’Orsay unter der Unterschrift meines Botschafters, Bernard Emié, ausführlich über dieses Gespräch.

An diesem Tag hatte ich das Gefühl, dass es aufgrund der klinischen Kälte der Diskussion, die uns überraschte, wichtiger war als Freundschaft und vielleicht sogar, dass diese Freundschaft der Vergangenheit angehört. War es nicht ein Anspruch zu glauben? Als Generalsekretär hatte Kofi Annan acht Jahre lang die großen prominenten Leute der Welt getroffen und so viele anonyme Menschen auf allen fünf Kontinenten. Es war normal, dass es ihn geformt hätte. Er war noch eine sehr bekannte Persönlichkeit an der Spitze seiner Stiftung mit Sitz in Genf. Man musste in der Realität leben und eine neue Seite aufschlagen. Das Wichtigste war, dass Kofi Annan die edle Verkörperung der internationalen Gemeinschaft war und dass wir seine Botschaft zum Schluss seiner Memoiren bewahrten: «Die Vereinten Nationen dienen nicht nur den Staaten, sondern den Völkern und werden zum Forum, in dem die Regierungen für ihr Verhalten gegenüber ihren eigenen Bürgern verantwortlich gemacht werden».

 

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