Il Divo e il Diavolo

Toni Servillo dans Il Divo, film de Paolo Sorrentino

          Toni  Servillo, l’exceptionnel acteur de La Grande Bellezza, incarne Giulio Andreotti, figure emblématique de la démocratie chrétienne et de la politique italiennes, dans Il Divo, un film du même cinéaste Paolo Sorrentino.

Giulio Andreotti fut à sept reprises Président du Conseil des ministres, membre de l’Assemblée constituante de 1946 puis de tous les gouvernements d’Italie de 1947 à 1992 (NB: huit fois ministre de la Défense, cinq fois ministre des Affaires étrangères et deux fois ministre des Fiances), enfin Sénateur à vie.

Des liens présumés avec la mafia et le Vatican – ce qui est plus dans la norme s’agissant d’un dirigeant de la Démocratie chrétienne (DC) héritier d’Alcide de Gasperi -, une responsabilité dans la mort d’Aldo Moro enlevé par les Brigades rouges avec lesquelles il avait refusé de négocier (NB: Moro était un ancien responsable comme lui de la Fédération des universitaires catholiques italiens FUCI et fut ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement qu’il dirigea en 1972), sont mis en exergue dans cette oeuvre cinématographique sombre, inquiétante, oppressante jusqu’à la claustrophobie due à l’enfermement physique et mental de la personnalité centrale. 

« Belzébuth », car tel fut aussi le surnom du « Divin » (Divo Giulio à l’instar de Jules César) qui domina la vie politique italienne pendant plus de quarante-cinq ans, fut connu, outre sa longévité supra-naturelle, pour son extrême habileté qu’ont attesté les combinazioni de la période considérée, son obsession du pouvoir et aussi sa brutalité foncière, celle d’un « type d’une onctuosité qui fait peur », susceptible de se transformer en brutalité et vulgarité. Toni Servillo définit pour sa part son personnage comme « le portrait d’un vainqueur sur le point de chuter ». 

Giulio Andreotti, Franck Sinatra et Richard Nixon, Maison Blanche, 1973 (White House Photo Office)

La politique des années noires de la période Andreotti fut parfois qualifiée de « stratégie de la tension ». Cette dernière caractérisa surtout, à partir du milieu des années 70, la période de forte progression du Parti communiste italien (PCI) d’Enrico Berlinguer, sur toile de fond de crise économique et de terrorisme intérieur (cf. affaire Aldo Moro en 1978). La ligne anti-communiste de Giulio Andreotti fut constante et s’opposa au « compromis historique prôné par Berlinguer.  Accusé de liens supposés avec la mafia à partir des années 80 et condamné pour cela, le Divin finalement acquitté par la Cour de cassation en 2004, les faits ayant été prescrits.

Dans La Grande Bellezza, un critique d’art vieillissant, encore doté de charme mais devenu misanthrope et cynique, se lance à la recherche de la grande beauté dans une quête d’ordre spirituelle dont Rome est le cadre. Il déclare au soir de sa vie: « J’étais destiné à la sensibilité, j’étais destiné à devenir écrivain ». Giulio Andreotti qui fut un écrivain compulsif, publiant un livre par an en moyenne à partir de 1980, notamment sur son mentor de Gasperi, n’aurait jamais pu prononcer cette phrase car il se situait à l’opposé d’une telle personnalité, étant centré de manière obsessionnelle sur le pouvoir. Dans cette Première République italienne dont il fut une incarnation majeure, Il Divo a rencontré Il Diavolo. Selon la formule, « Toute ressemblance avec des personnages existants… ».

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