Charmants Australiens

Nicole Kidman

               Le Premier ministre australien s’est vraiment mal comporté à l’égard de la France. Sa brutalité et surtout sa duplicité ne prêtent pas à discussion. Ces traits de comportement ne sauraient être attribués, cela va aussi de soi, à l’ensemble de ses compatriotes. Il n’y a que dans les sociétés primitives que l’on punit la collectivité pour la faute d’un seul. Des voix comme celle du Travailliste Kevin Rudd, l’un des prédécesseurs du chef de gouvernement Scott Morrison, se sont d’ailleurs élevées pour s’exprimer de manière diamétralement opposée à la décision consistant à rompre le contrat des sous-marins avec la France. 

L’affaire ne fait sans doute que commencer pour l’Australie. Il n’est pas du tout assuré qu’un contrat de fourniture de sous-marins à propulsion nucléaire – dont la mise au point va requérir de long mois, voire des années – soit jamais réalisé. Les Premiers ministres australiens passent et l’opinion australienne très anti-nucléaire (NB: il n’y a même pas d’industrie nucléaire à usage civil dans le pays) pourrait s’affirmer. Celle-ci va rapidement comprendre ce que vient de souligner Kevin Rudd, à savoir qu’un contrat de gré à gré au détriment d’un appel d’offres classique ne sera aucunement dans l’intérêt du contribuable australien. Plutôt que de conforter son statut de puissance régionale, l’Australie risque d’accentuer sa dépendance et, au lieu d’assurer sa sécurité, de contribuer à des tensions encore plus exacerbées dans la région Indo-Pacifique tout entière. 

La rupture du contrat australien doit être conduite du côté français de manière digne et « civilisée ». Agir autrement ne serait finalement qu’une expression de faiblesse. Si nous ressentons encore plus que de l’amertume, c’est avant tout aux Etats-Unis – qui ont à l’évidence « tordu le bras » de Canberra – qu’il faut avoir le courage de le dire sans ambage. Même si les situations ne se ressemblent pas, c’est de cette manière dépassionnée – en recourant à New York à un arbitrage sous l’égide de l’American Arbitration Association (AAA) – qu’ont procédé la France et la Nouvelle-Zélande, à la fin des années 80, pour apurer au civil le contentieux provoqué par l’affaire du Rainbow Warrior.

L’Australie et la France sont deux Etats de la zone Indo-Pacifique et il est de leur intérêt à long terme qu’ils préservent leurs relations de bon voisinage. La période des essais nucléaires français dans la région est révolue depuis désormais plus de vingt-cinq ans et une coopération fructueuse s’est développée entre les deux pays. Le partenariat stratégique conclu entre eux en 2012 couvre non seulement les questions de défense et de sécurité mais aussi ceux de l’énergie, des transports, de l’éducation, de la science, de la technologie, de l’environnement, du changement climatique, de l’aide au développement et de la coopération culturelle. C’est même alors qu’a été forgé le concept « d’Indo-Pacifique ». De plus, existe le cadre d’une coopération avec l’Union européenne. Enfin, la France et l’Australie se retrouvent au sein du G20.

Si la Reine d’Angleterre demeure formellement le chef d’Etat de l’Australie – ce qui explique bien des réflexes pavloviens down under -, l’Australie est pour nous plus qu’un pays amical. Nous lui devons une très grande reconnaissance, comme cela est aussi le cas à l’égard des Etats-Unis. Ces références historiques sont au final les garde-fous de nos relations. Plus de 50.000 soldats australiens de la Première guerre mondiale sont enterrés sur le sol français. Le courage et la valeur militaire des combattants australiens ont été déterminants, en particulier lors des batailles de la Somme. L’Australie a aidé la France libre à combattre le régime de Vichy, au cours de la Seconde guerre mondiale, dans le Pacifique et au Proche-Orient, en particulier en Syrie.

Le continent australien continue de nous fasciner par sa taille, son potentiel, sa nature incomparable, sa société multi-ethnique, sa passion du sport, de l’outback. Il est encore une nouvelle frontière, peut-être même une ultime frontière, qui fait rêver. La montagne sacrée d’Uluru pour la population aborigène est un monolithe connu du monde entier qui, au-delà de sa beauté ocre, recèle les mystères des origines.

Nicole Kidman magnifie l’esprit d’aventure et de résistance dans le film Australia, diffusé en 2008, qui aurait mérité un plus large succès en Europe. La toile de fond historique de cette fiction est le premier bombardement de l’Australie en 1941 par le Japon dans la ville de Darwin située dans le Territoire du Nord. Le film aurait aussi pu brosser une fresque des batailles homériques le long des plus de 2000 km de la Grande Barrière de Corail au Nord-Est. Les assaillants eurent recours massivement à des sous-marins. Les sous-marins, encore et toujours…

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