9 rue Princesse

Carrefour des batailles et de l’Europe

Verrière de la maison natale de Charles de Gaulle à Lille ©️ PP

La maison natale de Charles de Gaulle à Lille a rouvert ses portes au terme d’une restauration entreprise à partir de 2019. La crise sanitaire aura retardé de quelques mois l’accès du public au 9 rue Princesse. Les visiteurs en découvrant une maison, dont tout a été fait au cours des travaux, jusqu’au choix d’objets et d’éléments décoratifs, pour qu’elle restitue l’atmosphère de la dernière décennie du XIXème siècle, ne pourront pas ne pas se poser la question du déterminisme du lieu et de l’environnement sur la vie de la plus grande figure de l’histoire politique de la France contemporaine.

Jeanne est venue accoucher dans la maison de ses parents dont certains des ancêtres étaient Irlandais, Ecossais et même Badois et bien entendu surtout gens du Nord, entrepreneurs et industriels de Lille et de Dunkerque. Lille en effet fut l’une des premières villes françaises qui, en raison de sa proximité avec l’Angleterre, bénéficia de la résolution industrielle.  L’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas et même les Provinces-Unies du Royaume d’Espagne furent les voisins de cette métropole. L’industrie au carrefour de l’Europe et aussi le corridor des invasions et l’espace de grandes batailles, outre les activités d’enseignement de Henri, le père de Charles, dans des écoles tenues par les Jésuites à Paris,  tel fut le périmètre physique et mental initial.

Charles de Gaulle grandit à Paris mais il revint souvent rue Princesse dans cette maison assez vaste pour réunir cousins et cousines, oncles et tantes. Cette région Nord de la France fit partie de sa vie. Son choix après Saint-Cyr – qui en surprit beaucoup – fut celui du 33ème régiment d’infanterie d’Arras et le destin fit qu’il fût commandé par un
 certain colonel Pétain.

Charles savait que c’était là que se passaient les choses. Les champs d’honneur pouvaient être des champs de gloire depuis la bataille de Fontenoy en 1745 qui vit la victoire du maréchal de Saxe sous les yeux de Louis XV. Mais il y eut aussi Waterloo dans la province du Brabant proche, défaite certes mais dont les échos à peine assourdis parvinrent à Chateaubriand qui magnifia l’événement. Et aussi, entre Belgique et France, les combats de 14-18 où il servit et l’assaut  de Dinant sur la Meuse fut un peu son Pont d’Arcole.  La bataille de France à l’orée du second conflit mondial confirma que le Nord-est était bien «  l’infirmité séculaire » de la France par où déferlaient les envahisseurs.

Charles de Gaulle, « Je voudrais… » ©️ PP

La pré-science de tels événements ne pouvait que s’imposer à l’esprit du futur chef de la France libre. Jeune, romantique et ardent, il écrivit  dans la maison familiale ce texte intitulé « Je voudrais… »: « Quand je devrai mourir, j’aimerais que ce soit sur un champ de bataille… ».

Au régiment d’Arras, Charles de Gaulle choisit sa région de naissance, il commanda de jeunes ruraux et fils de mineurs; il adopta aussi la République. C’est Louis XIV qui avait créé Saint-Cyr, Napoléon rétablit l’institution et la République poursuivit l’oeuvre impériale.

Le 33ème régiment perdit 60% de ses effectifs dans l’épouvantable saignée de 14. Cela confirma l’analyse de Pétain sur la faiblesse de l’artillerie française mais une telle doctrine avait aussi un côté attentiste auquel n’adhéra pas de Gaulle porté sur la fougue et l’assaut.

Mais un militaire n’est pas nécessairement un militariste. L’expérience de 1914, traumatisme français pour des générations, n’a pas inévitablement forgé des guerriers. Elle a même conduit la France vers le pacifisme qui fut l’une de ses faiblesses principales en 40 avec la dénatalité depuis le milieu des années 30 et la division du pays. Les conquérants s’offrant à la mitraille sont devenus des défenseurs et tel est aussi le sens de la future force de dissuasion développée sous la Vème République. Les plans de bataille ont été remplacés par ceux de l’économie pour redresser la France, l’heure des organisateurs et des administrateurs est venue. Dans le corridor des batailles et dans l’exiguïté des cohabitations nationales mitoyennes s’est aussi épanoui un esprit européen.

Le 9 rue Princesse fut un peu le creuset de tout cela et il y souffle aujourd’hui un air de l’enfance débarrassé des miasmes d’affrontements séculaires.  Pour Anne, la princesse et tous les enfants de France.

Afin de vous faire profiter de la meilleure expérience utilisateur, notre site Internet utilise des cookies. Cliquez sur "J'accepte" pour poursuivre votre navigation.